Daniel Robert, vous êtes depuis le 1er mars dernier, chargé de mission au service formation des pompiers du groupement sud. Quel est votre rôle ?
Organiser les différentes formations de secourisme à personnes dans l'arrondissement et assurer le suivi administratif, sous les ordres du commandant Brest, directeur du groupement sud qui regroupe le Sundgau, le pays de Sierentz et Saint-Louis.
Qu'est-ce que cette affectation change pour vous ?
J'ai 40 formateurs sous mes ordres. C'est une continuité avec ce que je faisais avant mais avec un service plus important. J'ai quitté pour cela le service opérationnel, et je suis aujourd'hui basé au groupement sud, à la caserne de Saint-Louis.
Pourquoi avoir choisi la branche du secourisme ?
C'était inné, personne ne m'a poussé. Dans la carrière que peut faire un pompier, je n'aurais pas pu en faire une autre. Je suis entré au corps d'Altkirch en 1969, et je me suis réorienté vers le secourisme dès 1973, date à laquelle j'ai fait mon monitorat. Je suis resté moniteur secouriste à personnes pour l'arrondissement d'Altkirch jusqu'en 1985, avant de passer responsable de la formation secouriste pour l'arrondissement, avec 12 moniteurs. J'ai alors arrêté l'activité formation et je me suis orienté vers la partie administrative. C'est en fait le commandant Hartmann, alors inspecteur départemental adjoint, qui a souhaité avoir un responsable de la formation secourisme pour tout le secteur. Il voulait un vrai service. Je suis passé capitaine en octobre 1995.
Vous assurez la formation des pompiers volontaires et professionnels.
Oui, il y a un officier professionnel chargé de la formation, et ses deux adjoints, dont je fais partie, qui sont volontaires. Environ 800 pompiers volontaires sont formés chaque année et nous avons déjà 600 inscriptions pour 2003.
Quelles formations proposez-vous ?
En tout, le planning compte 42 formations qui se déroulent dans les différents centres d'intervention et de secours, CIS ; mais uniquement à Altkirch et Saint-Louis pour le certificat de formation d'aptitudes aux premiers secours routiers (CFAPSR). Nous allons ajouter les formations au défribilateur semi-automatique, DSA, pour les pompiers qui interviennent en VSAB. Cette formation sera dispensée dans tous les centres de secours.
Les formations sont-elles toutes obligatoires ?
Elles le sont et doivent se faire dans un ordre chronologique : AFPS, CFAPSE, CFAPSR. Les pompiers sont ensuite tenus d'effectuer huit heures de formation continue sur cette base. Ceux qui souhaitent intervenir en VSAB, doivent faire un perfectionnement à Mulhouse. Le DSA, pour l'instant séparé des autres formations, sera à terme ouvert à tout le monde à partir de septembre et entrera dans la formation du CFAPSE.
Le service actif vous manque-t-il ?
Ça manque toujours, mais j'essaie de me conditionner. Quand je les entends partir, j'ai envie d'y aller pour savoir ce qui se passe. Ce n'est pas du tout le fait macabre qui me manque, mais l'intervention en elle-même. Mais j'ai pris la décision d'arrêter au profit de la formation. Je savais que je ne pouvais pas tout faire.
Qu'est-ce qui est le plus difficile en intervention ?
On est remis en cause à chaque intervention. Les décisions sont à prendre immédiatement, on n'a pas le temps, donc on est inévitablement soumis à des critiques. J'étais sur de nombreux accidents de la route, dont de nombreux mortels qui m'ont beaucoup marqué ; tous m'ont marqué en réalité mais certains plus que d'autres.
Comment gérez-vous, au plan humain, les interventions ?
Quand on intervient, on est une deuxième personne. On est blindé, on met une carapace sur soi, on ne rentre pas dans la sensibilité des gens. On fait ce qu'on a à faire. On ne tient pas compte de nos émotions et de nos sentiments, il faut les laisser de côté. Mais c'est l'après, surtout la nuit, et là ça commence, le fil repasse ; tout revient, les images, les sons. Nous sommes humains, l'émotion vous retrouve. Je crois que chaque pompier ressent cela. On ne s'habitue pas.
La partie relationnelle avec les victimes est-elle inclue dans la formation ?
Non, mais ça va le devenir. Car en intervention, cet aspect relationnel avec la personne incarcérée est important, elle entre en ligne de compte pour 50 % de la désincarcération. On maintient moralement la victime. La cellule de soutien psychologique pour les pompiers va aussi venir ; je pense que c'est extrêmement important pour permettre aux pompiers d'évacuer le stress. Quand on rentre d'intervention, on parle entre nous pour nous permettre de nous vider. Mais ça reste dans le domaine technique. Alors qu'avec un psychologue, ce serait plus facile.











