Installé à Vieux-Ferrette, Bernard Antony affine les fromages français qui font les délices des gourmets. Le maître-fromager parcourt le monde entier pour faire la promotion de nos terroirs.
DE PÉKIN à New York, en passant par Londres ou Saint-Pétersbourg, en croisière sur le Norway ou invité d'honneur pour l'inauguration de l'Eurotunnel, Bernard Antony est l'ambassadeur des fromages français dont il connaît sur le bout des doigts les terroirs. Pourtant rien ne le prédestinait à cette vie enrichissante où il côtoie les plus grands hommes de la planète. « D'r Antony » ou « D'r kassman », tout le monde le connaît, mais qu'est-il vraiment ? Bernard Antony est né en avril 1943 à Vieux-Ferrette, enfant unique d'Alfred et Marie-Alice Antony. Il aura une enfance où l'on manque souvent de tout et où les moqueries de ses camarades fusent fréquemment. Son père agriculteur travaille comme bûcheron, batteur de blé ou encore à la carrière de Vieux-Ferrette pour arrondir les fins de mois. Le certificat d'études en poche, à 15 ans, Bernard doit aller travailler à l'usine, pour aider sa famille, sa maman étant très malade. A 20 ans, il part en Algérie faire deux années de service militaire.
Le camion bleu
A son retour, il travaille à Riespach dans l'épicerie de la famille Brand, qui ferme ses portes en 1971. C'est l'occasion de se mettre à son compte. Dans la grange de la maison familiale, Bernard Antony installe un dépôt d'épicerie et se déplace sur les routes du Sundgau avec son camion magasin bleu. On y trouvait de tout : « De l'épicerie à la mercerie en passant du saucisson au… soutien-gorge », dit-il en riant. Il dessert 12 villages du Jura alsacien, de 8 h jusque tard dans la nuit : « Certaines ménagères m'attendaient parfois jusqu'à minuit. » En 1978, il épouse Jeanine, originaire de Morschwiller. Le couple aura deux enfants : Jean-François, éleveur de fromages comme son père et Anne, éducatrice de jeunes enfants comme sa maman. Mme Antony est malheureusement décédée il y a deux ans. « Elle avait quatre bras. » Bernard Antony parle de son épouse avec une émotion dans la voix : « C'est sa grande force qui a permis ma réussite sans elle je n'y serais pas arrivé. »
Son épouse et de bonnes rencontres au bon moment ont en effet transformé sa vie. Sa rencontre en 1979 avec Pierre Androuët, « le pape des fromagers », sera déterminante.
Le pape des fromagers
Dans les années 1980, il abandonne peu à peu l'épicerie pour se consacrer aux fromages, toujours au lait cru bien sûr. Bernard Antony débute sur les marchés, d'abord Altkirch, puis à Riedisheim et Huningue. Ses premiers clients étrangers arrivent de Suisse et d'Allemagne. Aujourd'hui environ 70 % de ses produits partent à l'étranger, en Asie (Japon et Chine), en Europe (Belgique et Angleterre), mais également à Dubaï ou en Russie. Prochainement, le fromager de Vieux-Ferrette devrait partir à la conquête du marché américain. Il fournit 12 restaurants « 3 étoiles » et est sollicité par de nombreuses personnalités. La famille royale d'Angleterre, le Prince Rainier, ou encore sa majesté Otto de Habsbourg se fournissent chez lui mais également Pierre Perret, Patrick Timsit, Gilbert Montagné et bien d'autres. Il n'a pourtant pas pris la grosse tête et on peut le rencontrer chaque semaine au marché d'Altkirch. « C'est là que j'ai eu mes premiers clients et je leur resterai fidèle. »
Un sacerdoce
Bernard Antony est un peu comme les fromages qu'il vend : on aime ou on n'aime pas. Mais tous apprécient son naturel, sa simplicité et sa gentillesse agrémentés de son légendaire sourire. Un sourire qui a même été primé en 1989 par le « Trophée Pudlowski-Wolfberger du Sourire ». Face à ses détracteurs, Bernard Antony reste très magnanime : « On ne peut pas plaire à tout le monde, je fais ce que j'aime avec passion et j'essaie de le faire au mieux. » A l'avenir, il compte bien poursuivre sa croisade pour défendre les fromages au lait cru. Il sera d'ailleurs invité pour cela au Sénat le 22 Janvier prochain, seul fromager avec une dizaine de vignerons bio-dynamiques, il proposera un buffet de fromages et animera un débat. Sur les fromages de France, naturellement.
Bernard Antony dans son laboratoire où il affine ses fromages au lait cru.
Christophe Grudler
Bernard Antony et sa fourgonnette bleue : souvenir, souvenir.











