La fréquentation de l'abri de nuit d'Espérance et les demandes pour l'hébergement d'urgence sont en constante augmentation. De plus en plus de jeunes sont dans des situations précaires.
À L'ÉPOQUE de la création d'Espérance, en 1985, l'objectif était simple : loger et nourrir les gens en situation précaire grâce à la mise en place d'un abri de nuit. Aujourd'hui, les situations se complexifient ; les gens ont besoin d'un accompagnement pour s'en sortir. » Robert Schieber est président de l'association sélestadienne qui gère l'abri de nuit et des logements d'urgence. Avec Daniel Brossier, éducateur spécialisé, et Jany Fabre, conseillère en économie sociale et familiale, il dresse le constat : « Les situations sont très diverses : le chômage, bien sûr, mais aussi les demandeurs d'asile, les jeunes filles enceintes mises à la porte par les parents, les mères de famille qui fuient un mari violent et se retrouvent sans rien. » Lors de sa récente assemblée générale, l'association a fait le point. Depuis trois ans, les demandes d'accueil à l'abri de nuit augmentent, et les jeunes y sont de plus en plus nombreux. « La hausse des demandes est sans doute due au fait que, dans les familles, le lien social se distend. Il est de moins en moins possible, en cas de difficulté, d'être hébergé par des proches, d'où l'appel à des associations comme nous. »
Les situations de précarité ne s'arrêtent pas le 31 mars
Ce besoin se fait sentir aussi bien dans l'abri de nuit que dans l'hébergement d'urgence. En matière d'abri de nuit, Espérance estime qu'à terme il faudra ouvrir celui-ci toute l'année, et non plus en hiver uniquement : « Les situations de précarité ne s'arrêtent pas le 31 mars. ». Quant à l'hébergement d'urgence, avec 14 appartements et 6 chambres répartis dans la ville, il ne suffisait plus pour répondre aux demandes. D'où le chantier de réhabilitation du bâtiment voisin de l'abri de nuit pour la création de six appartements supplémentaires. Débuté en avril, le chantier devrait se terminer en novembre. Le bâtiment permettra aussi à l'association d'avoir enfin des bureaux fonctionnels. Et il donnera la possibilité de mettre en place un abri de nuit pour les femmes, auparavant dirigées sur Colmar ou Strasbourg. Le chantier est financé par la Caisse d'allocations familiales, la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, la Ville et la direction départementale de l'Équipement. Pour pouvoir répondre à ces nouveaux besoins, Espérance a déposé en janvier à la DDASS un dossier d'habilitation comme centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Celle-ci lui permettra d'avoir un budget plus important, et donc d'embaucher du personnel pour améliorer le suivi des gens. « Actuellement, il n'existe aucun CHRS dans le centre de l'Alsace, cela permettra de combler ce manque, et surtout d'éviter les déracinements. Dorénavant, les familles de centre Alsace n'auront plus besoin d'être envoyées vers Strasbourg ou Colmar, avec les difficultés d'adaptation que cela impliquait », expliquent Robert Schieber et Daniel Brossier. Depuis 2000, l'association a d'autre part l'agrément FSL (fonds de solidarité pour le logement). Il permet d'aider financièrement les personnes à avoir un logement autonome quand elles quittent l'hébergement d'urgence : prêt ou subvention pour le paiement de la caution, l'achat de mobilier…
Les travaux pour la création de six nouveaux logements d'urgence ont débuté en avril. Les logements devraient être prêts pour la fin de l'année.
Dominique Gutekunst











