Tous les mardis depuis octobre, une demi-douzaine de travailleurs à l'Espace 3 d'Espoir font de l'art à partir de matériaux de récupération.
DANS UN INVRAISEMBLABLE fourbi, dans un coin du hall de tri de l'Espace 3, de l'association Espoir, Zina dispose quelques morceaux de métal et élabore peu à peu trois drôles de fleurs, qu'elle place sur une planche de bois. Marie-Pierre Strack, architecte d'intérieur de formation, est à ses côtés et l'observe dans son travail. C'est mardi matin. Et comme tous les mardis matin, à l'Espace 3 d'Espoir, Zina, Martine, Marcel, Jean-Louis, Fidele, Patrice et Nordine font de l'art. L'art de la récupération : ils prennent les matériaux qui sont récupérés au sein du hall de tri et s'en servent pour réaliser de véritables oeuvres d'art. Les sept artistes en question travaillent tous à l'Espace 3, au sein de l'association Espoir. Zina est par exemple à la blanchisserie. Depuis octobre dernier, ils participent à l'atelier d'art qu'a lancé Marie-Pierre Strack. « Un jour, je me baladais dans le hall et j'ai vu des réalisations artistiques que certains d'entre eux avaient confectionnées, en soudant notamment », raconte Marie-Pierre. « Je me suis dit que c'était intéressant de travailler dans ce sens, à base de soudure ». Architecte d'intérieur de formation et femme d'architecte, elle en parle à Bernard Rodenstein, président d'Espoir. « II m'a dit : " c'est une très bonne idée. Mais on n'a personne". Le problème c'est que je ne savais pas souder. Alors j'ai commencé à apprendre avec Didier. »
Chez toi, c'est pire qu'un musée
Marie-Pierre n'a pas attendu de maîtriser la soudure pour démarrer l'atelier. « J'ai décidé d'utiliser le plâtre ». Lancé en octobre, le projet a tout de suite emballé Zina et Marcel. Les autres leur ont emboîté le pas. Les résultats sont déjà là. « Au départ, certains d'entre eux n'étaient pas très motivés, n'ayant jamais vraiment eu d'activités artistiques. Petit à petit, ils se sont pris au jeu. Je peux vous dire qu'ils ont beaucoup d'idées », explique Marie-Pierre. « On est fier de ce qu'on fait », ajoute Zina. « Moi j'adore le mardi matin. On trouve plein d'inventions ». « On apprend à être imaginatif », explique Marcel. Nordine, de son côté, est un véritable artiste. Une voiture, un robot en métal trônent auprès de sa table de travail, dans le hall de tri. « C'est que j'ai toujours aimé la décoration et le bricolage. Chez moi, tout est décoré. Un copain m'a dit la dernière fois : chez toi, c'est pire qu'un musée ». L'atelier libère l'imagination, mais aussi la parole. Les artistes ne sont pas plus de deux en même temps, ce qui favorise l'échange. L'atelier fonctionne depuis huit mois. De nouveaux projets pourraient voir le jour. « On pourrait un jour faire une petite expo, par exemple », envisage Marie-Pierre. En attendant, elle perfectionne de son côté le travail de soudure…
Zina, Martine, Marcel, Jean-Louis, Fidele, Patrice et Nordine réalisent des oeuvres d'art à partir de matériaux de récupération.
Hervé Kielwasser











