La question sera au centre d'une conférence donnée le 17 mai au centre socioculturel de Masevaux par André Ganter qui évoquera à cette occasion l'immigration suisse après la guerre de Trente Ans.
DE PLUS EN PLUS NOMBREUSES sont aujourd'hui les familles qui veulent connaître leurs lointains ancêtres et savoir d'où elles sont originaires. Ainsi nombreux sont les habitants qui pensent que la vallée de Masevaux a été peuplée massivement par des colons suisses. En effet, une certaine tradition familiale fait parfois venir tel ou tel ancêtre de tel pays, notamment de la Suisse. André Ganter, directeur du Centre départemental d'histoire des familles et expert en la matière, évoquera le sujet lors de sa conférence sur « L'immigration suisse après la guerre de Trente Ans », organisée par la Société d'histoire de Masevaux et qui aura lieu le vendredi 17 mai à 20 h, au centre socioculturel de Masevaux. André Ganter aura l'occasion de citer ces compatriotes, venus des cantons de Berne, de Zurich, de Bâle qui se sont implantés dans la vallée et qui sont devenus meuniers, fermiers, paysans, bûcherons, charbonniers, verriers, voire tisserands et journaliers. Vers 1674, on estime à plus de 1 300 le nombre de familles helvétiques qui ont quitté leur patrie pour s'installer entre Vosges et Rhin. Bon nombre d'entre elles ont fui la violente répression consécutive au soulèvement des paysans de l'Entlibuch en 1653. Mais la politique de repeuplement, décidée sous Louis XIV, fait également venir des dizaines de milliers d'immigrants, originaires de la Lorraine, de la Bourgogne, mais aussi et surtout de l'Autriche et de l'Allemagne. Tous s'établissent tant en plaine que dans les vallées vosgiennes, entièrement dévastées et où règne une misère noire.
Une population décimée
C'est qu'au lendemain de la guerre de Trente Ans (1618-1648), les villages d'Alsace sont en ruines et la population décimée par la famine, les épidémies et la guerre. La vallée de la Doller n'est pas épargnée. En 1633, les Suédois assiègent la ville, endommagent les fortifications, pillent et menacent de mettre le feu. 4 000 florins doivent être payés comme rançon. La tradition locale rapporte que 400 à 600 femmes auraient trouvé la mort au lieu-dit Ballon de Lure, surnommé pour ce fait « Planche des Belles Filles ». A Burnhaupt-le-Haut, il reste encore trois maisons. De nombreux loups sont signalés autour du village. Burnhaupt-le-Bas, qui comptait 360 habitants en 1620, ne compte plus que 135 en 1655. Une Alsace exsangue est donc réunie à la Couronne de France en 1648. Un des premiers soucis du pouvoir est alors de repeupler ce désert. Un édit stipule que tous les étrangers désirant s'établir en Alsace jouiront des droits et privilèges, au même titre que les autochtones. Ils bénéficieront d'une exemption d'impôts pendant six ans et seront autorisés à couper gratuitement du bois de construction et de chauffage dans les forêts communales. Une condition est pourtant exigée : les immigrants doivent professer obligatoirement la religion catholique romaine. La conférence d'André Ganter, agrémentée par une projection, s'adresse à un large public. Entrée libre.
Un curé généalogiste
Le conférencier viendra une deuxième fois dans la vallée, le vendredi 24 mai à 20 h, pour présenter les nombreuses études et recherches généalogiques de l'abbé François-Antoine Behra. La conférence aura lieu à la Maison de Pays à Wegscheid, sous l'égide de la municipalité. Connu de tous les généalogistes d'Alsace, l'abbé Behra est né à Wegscheid le 3 avril 1859, il est le quatrième enfant des six que comptent François Antoine Behra, ébéniste à Wegscheid, et son épouse, née Thérèse Ringenbach. Il est ordonné prêtre en 1884 et nommé vicaire à Oderen. Il sera curé de Béblenheim et de Heimersdorf. Il meurt en 1928. Dans tous ces villages et dans d'autres du Sundgau, l'abbé Behra reconstitue les familles à partir des registres catholiques. Pour Masevaux et les communes avoisinantes, Sickert, Niederbruck, Lauw et Bourbach-le-Haut, il établit les arbres généalogiques de 245 anciennes familles, dont certaines remontent à 1650. Pour réaliser ce travail qui s'arrête vers 1900, portant sur plus de 250 ans, il s'est servi des registres de mariage de la paroisse de Masevaux. On constate que, durant ces deux siècles et demi, bien des familles florissantes à certaines époques ont disparu. En revanche, durant la même période, il y a eu un constant apport de sang nouveau et donc de nouveaux noms de famille, grâce à l'immigration. Dans une large proportion, il s'agissait d'immigrés de langue alémanique venant des régions limitrophes du Rhin supérieur. Selon les recherches de l'abbé Behra, sur 220 ancêtres recensés durant ces 250 années et qui ont perpétué leur nom par une descendance au-delà de 1750, seulement 28 viendraient des régions francophones, alors que les autres sont originaires de la Suisse alémanique, du Pays de Bade, de l'Autriche et de diverses régions d'Alsace. L'ecclésiastique a également réalisé les listings alphabétiques et chronologiques pour la paroisse de Sewen. Les quatre volumes comprennent environ 1 500 pages. La paroisse de Sewen englobait jadis les villages d'Oberbruck, Kirchberg, Wegscheid, Rimbach et Dolleren. Au cours de la conférence, le directeur du Centre départemental d'histoire des familles de Guebwiller évoquera les patronymes des anciennes familles de la vallée de la Doller. Une soirée que suivra sûrement avec intérêt la nombreuse assistance.
André Ganter, un habitué des archives de Masevaux, au côté de Marie-Thérèse Kachler qui assure la permanence.
R.L.











