Concept ou voiture ? Un peu, beaucoup, des deux : la Vel Satis, nouveau vaisseau amiral Renault, s'en va guerroyer dans le haut de gamme sans aucun respect pour les grands classiques. Intéressant mais risqué.
ON A DÉJÀ tout dit d'elle, tout écrit. Souvent glosé sur ce style décalé, applaudi rarement. Renault, il est vrai, n'a eu cure des principes pour imaginer sa Vel Satis. Âmes sensibles, passez votre chemin : aucune fluidité dans ce dessin, pas une once de douceur, rien de sensuel, mais un coup de poing façon Tyson à chloroformer la pupille sensible. La francité même, s'enflamme le dossier de presse, traduisant « un subtil mélange de tradition et de modernité » bleu-blanc-rouge et, c'est un peu vrai, il y a du Corbusier dans ce dessin tiré à quatre épingles. Le plus déroutant ? Tout. De cette proue emberlificotée arcboutée sur ses optiques hautes à la poupe en baldaquin mais surtout ce gabarit hors-norme, structuré par une hauteur parfaitement inhabituelle : 1,58 m sous la toise, 8 cm de plus qu'une Peugeot 307, déjà bien élevée, 15 cm de plus qu'une Laguna. Une 607, sa rivale nationale désignée, ferait presque basset hound. Elle n'est pourtant pas plus longue, seulement infiniment plus basse, 12 cm de moins !
Espace vital royal, luminosité totale, ce baroque n'est pas gratuit
N'épiloguons pas sur la mine, que certains jugeront patibulaire, cette Vel Satis n'a pas le baroque gratuit d'une Avantime. Patrick Le Quément, le designer en chef de Renault, explique être parti de l'intérieur pour bâtir cette voiture, l'avoir dessinée autour de ses quatre occupants. Il suffit de grimper à bord pour comprendre le propos. Espace vital royal, luminosité totale, l'impression est surprenante et le sentiment, à l'arrière surtout, que tout a été effectivement pensé pour le bien-être de l'occupant. Pas de gadgets affriolants dans cet habitacle truffé d'airbags (six en série, deux autres en option) mais des centimètres disponibles là où il faut et une ergonomie générale judicieusement pensée. Ainsi, l'assise arrière, légèrement surélevée, permet de pleinement apprécier le paysage quand d'autres le limitent aux seuls appuis-tête avant. La belle qualité des matériaux — notamment une superbe marqueterie bois sur bois blond — et le soin du détail participent au bien-être général même si le dessin de la planche de bord, un peu mièvre, n'a rien de très excitant. Le graphisme des cadrans surtout. Joli cuir mais le velours de la version de base est assez peu attirant. Impression générale ? On est vraiment dans du haut de gamme mais pas chichiteux, voire vulgaire ou kitsch comme chez certaines. Renault a bien entendu soigné l'équipement, la Vel Satis est riche quel que soit le niveau choisi (Expression, Privilège, Initial). Le multiplexage autorise bien des fantaisies et l'électronique, omnipotente, gère le confort et la sécurité. Mention remarquable aux sièges avant (électriques) dont le dossier est réglable à deux niveaux, lombaires et épaules. La climatisation est évidemment automatique — avec une sortie d'air pour les places arrière —, l'installation radio-CD est signée Cabasse, la clé de contact a la forme d'une carte à puce et la navigation se fait par satellite. Dommage que Renault en reste au CD-Rom alors que l'avenir est au DVD. Quelques gâteries du meilleur goût : le régulateur de vitesse à contrôle de distance, le bouchon d'essence qui se referme tout seul, le frein à main 100 % automatique (on ne s'occupe de rien, il se verrouille et se déverrouille tout seul), les espaces de rangement à l'abri des regards mal intentionnés ou le bandeau de bois, juste devant le passager avant, qui s'ouvre sur deux gobelets et un rangement. Dommage : la banquette ne se rabat pas complètement, empêchant d'obtenir une surface de chargement plane, et le coffre n'est pas spécialement grand (450 dm3).
De 30 200 à 46 700 E ; cher mais mérité
Haute et lourde, la Vel Satis n'est évidemment pas une sportive. Même si Renault a tout particulièrement soigné les trains roulants — avec notamment un train arrière dûment breveté — l'auto subit son physique et ce qu'il impose de mouvements de caisse dès que le train augmente. Rien de pénible, mais on est assez loin de la précision d'une 607. Pour autant la conduite est parfaitement reposante, tranquillisante et sécurisante, sénatoriale dirai-je. Mais la position de conduite surélevée peut perturber, du moins au début. Tout comme la direction, très légère et réactive, demande un peu d'attention avant de convaincre totalement. Bien sûr, les habituelles béquilles électroniques ont fait le déplacement (antipatinage, antiblocage de frein, régulateur de stabilité), fort aimablement assez discrètes dans leur intervention. Judicieux, l'ensemble suspension-amortissement assure un confort de très haut niveau. Les agressivités de la chaussée sont absorbées en douceur — peut-être quelques trépidations à faible vitesse sur les petites saignées… — et la grande Renault se révèle très vite une fameuse compagne de voyage, douce et prévenante. Le confort ambiant y est pour beaucoup : peu de bruits d'air, moteurs discrets. Seuls quelques bruits de roulement sont perceptibles qu'expliquent des pneumatiques généreusement dimensionnés et de taille assez basse. Bref, du beau travail, objectivement dit. Et des prix certes élevés mais parfaitement mérités : de 30 200 à 46 700 E. Reste à savoir si l'emballage, à la beauté très subjective, ne freinera pas les ardeurs d'une clientèle peu habituée à être bousculée…
Taillée à grands coups de serpe mais finalement plus avenante en vrai qu'en photo, la Vel Satis va devoir s'imposer au regard des chalands. L'essayer, c'est l'adopter ?
DR
Une assise arrière surélevée qui permet d'apprécier le paysage, mais un coffre pas spécialement grand...











