La récession ? Ah bon. Pas dans l'offre automobile en tout cas. Petit tour d'horizon dans un monde où l'on crée le besoin en jouant collectivement sur l'individu.
AU TRAIN où vont les choses, il pourrait y avoir trois à quatre Mondial de Paris par an. Presque un par mois, car les nouveautés automobiles pleuvent comme à Gravelotte, imperméables à la récession ambiante à moins, à moins... qu'elles ne tentent de la conjurer. « C'est quand ça va mal qu'il faut occuper le terrain ! », justifient les gens de marketing et c'est peu de dire qu'ils sont écoutés tant les constructeurs étoffent leurs catalogues. Hardi donc et tous azimuts. Tous les segments sont concernés, tous les formats, tous les concepts et jusqu'à la berline que l'on disait moribonde mais qui s'en revient le mors aux dents. Quitte à bafouer l'entendement quand Volkswagen installe... un W8 sous le capot de sa débonnaire Passat et annonce un (très) haut de gamme, nom de code D1, à faire pleurer… Audi, quand Skoda, le prolétaire, lance une Superb dont le prix moyen flirtera avec les 200 000 F, soit 30 500 E. Ferdinand Piech, le patron du groupe Volkswagen AG, n'a jamais aimé les situations acquises ; mais ses clients ?
Flatter l'individualiste qui survit dans chaque consommateur
Paradoxe des paradoxes, c'est à cette stratégie de plates-formes, subodorée devoir anesthésier l'imagination des constructeurs, que l'on doit la diversité ambiante. Quoi de commun entre la très plan-plan Ford Mondeo V6 et la très aristrocratique Jaguar X-Type ? Leurs dessous. Une partie du moins. Mais qui le sait ? Le grand intérêt des plates-formes communes est de standardiser ce qui ne se voit pas, moteurs en premier lieu, pour réduire les coûts et consacrer davantage de moyens à ce qui se voit, carrosserie déjà. L'actuelle Peugeot 307 aura bientôt son alter ego chez Citroën mais les deux cousines n'auront aucun trait commun. Pas davantage que la future Clio (2003) ressemblera à la future Nissan Micra (2002) ou que la remplaçante de la 406 (2003) copiera l'actuelle Citroën C5. Pas plus que la nouvelle VW Polo, bientôt en magasin, ressemble à la Skoda Fabia déjà commercialisée. La politique de niche est une autre tendance très palpable du moment. Naguère réservée aux Japonais, moins inhibés que les Européens et surtout plus fortunés, elle est aujourd'hui le dada de tous les grands constructeurs. Qu'un Peugeot ose le 206 CC et promette de remettre le couvert avec son équivalent en 307, qu'un Opel ose le Speedster, est le signe le plus évident d'une louable évolution des moeurs. En pleine mondialisation, iI n'y a plus de petits marchés. Et le client est roi, l'individu en fait. Cette démarche collective n'a en effet qu'un souci : flatter l'individualiste qui survit dans chaque consommateur. Un jour, Renault s'essaya à brosser le portrait-robot de l'acheteur de son Espace et tomba de haut : point de famille nombreuse au volant, mais un jeune couple, parfois avec un (seul) enfant ! La multiplication des monospaces compacts ou des 4x4 de loisirs témoigne de cet engouement, pas toujours cartésien mais toujours dicté par le besoin de rouler autrement. La vogue des breaks de chasse procède de la même démarche : on n'y met pas grand-chose mais c'est joliment emballé. Audi vient de présenter la version Avant de sa nouvelle A4 et Lexus, la marque de prestige de Toyota, s'y colle tout juste avec l'IS 300 SportCRoss. Belle auto qu'icelle : avec son 6 cylindres trois litres de 213 ch sous le capot, elle a bien davantage de coffre à l'avant qu'à l'arrière mais elle flatte la pupille comme le plaisir de conduite. Une vraie concurrente de ladite Audi mais aussi de la BMW 3 touring voire de l'Alfa 156 Sportwagon. Dis-moi dans quoi tu roules, je te dirai qui tu es. Quoi qu'en ergotent les intellos (?!?), c'est donc toujours vrai. Vrai du type de véhicule choisi, vrai de son design, vrai pour tout. De ce point de vue, Land-Rover fait très fort avec un Freelander « Oh my dog ! », du nom d'une gamme de produits de toilette pour... chien, bien évidemment offerts à tout acheteur de l'auto ! Nissan préfère titiller la prunelle : sa prochaine Primera exhibe une robe vraiment avant-gardiste, au risque d'en effrayer bon nombre. Mais c'est bien Renault le plus déjanté avec un (une ?) Avantime parfaitement décalé(e), de concept comme de style, et une Vel Satis qui, début 2002, sera à la berline conventionnelle ce qu'un défilé signé Galliano est aujourd'hui à la haute coûture façon Coco Chanel. Un mélange de provocation et d'acte de foi...
Commercia- lisée au printemps 2002, la nouvelle Vectra doit relancer Opel dont les ventes européennes s'effritent régulièrement. À défaut d'originalité, l'auto exhibe un côté cossu rassurant.
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Réplique allemande aux Renault Scenic, Citroën Picasso et autre Opel Zafira, le Mercedes Vaneo s'inspire de la Classe A. Commercia- lisation en début d'année.
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