Deux oeuvres de Sélest'art, « L'homme à la rivière » de Florian Tiedje et « Le jardin d'Eva Pora » de Jean-Luc Brisson, ont été volontairement endommagées. Ces actes de vandalisme provoquent quelques réactions.
DÉCIDÉMENT, l'art contemporain à Sélestat inspire les vandales de tous poils, reléguant les oeuvres et ses auteurs dans la rubrique faits divers. Vendredi soir, « L'homme à la rivière », une installation photographique de Florian Tiedje mise en place dans le cadre de la 14e biennale d'art contemporain a été touchée au visage par un objet lourd, une pierre vraisemblablement. Après réparation par l'artiste, le ou les vandales ont réitéré leur acte. Puis, ce fut au tour du jardin d'Eva Pora de Jean-Luc Brisson de faire l'objet d'une expédition aussi stupide qu'inutile sur le terrain du FRAC puisque les bacs où poussaient paisiblement de la végétation depuis l'année dernière ont été volontairement renversés. Consternation. Pourquoi un tel acharnement ? Ces événements interpellent et des plaintes ont été déposées conjointement par l'office de la Culture et le FRAC…
« Ni agressives ni provocatrices »
Pour Barbara Bay, chargée de la médiation culturelle au FRAC, ces actes de vandalisme ne visent pas les oeuvres en tant que telles. « Je ne pense pas que ces actes de vandalisme soient liés à l'art contemporain. Les oeuvres exposées ne sont pas ni agressives, ni provocatrices. Elles ont été touchées comme peuvent l'être n'importe quels mobiliers urbains ». Jean-Claude Donius, adjoint au maire chargé de l'action culturelle à Sélestat, déplore pour sa part « le manque de civisme de certains. Je peux admettre qu'une personne ne comprenne pas l'oeuvre, mais on doit respecter le travail de l'artiste. S'il y a incompréhension, on peut alors en discuter, engager le dialogue, mais ce n'est pas de cette façon que l'on doit exprimer son désaccord ». Consternation et déception également exprimée par Karine Graff, commissaire de la biennale qui s'interroge sur les motivations des vandales. « Est-ce une réaction à l'oeuvre de Florian Tiedje, un acte politique ? Je ne sais pas. Mais je regrette de me retrouver dans une situation où l'art contemporain est évoqué en ces termes. Pourtant, notre ambition n'est pas de déranger, mais de proposer au public un accès libre à l'art contemporain ».
« L'art contemporain a besoin d'explications »
La solution consisterait-elle à renvoyer l'objet artistique dans les musées ou bien de planter des gardes à côté de chaque oeuvre le temps de l'exposition ? Le propre des installations artistiques est justement de se servir de l'environnement naturel ou urbain. L'art a investi l'espace public pour mieux se placer à la portée de tous les regards, y compris profanes. Alors forcément, les artistes s'exposent aux sarcasmes et aux possibles dégradations de leur oeuvre. Karine Graff l'admet d'ailleurs volontiers : « Avec Florian, on savait que l'on prenait un risque. C'est un challenge que l'on a quand même relevé ». À la lumière ces derniers événements, Denise Klinger, ancienne commissaire de l'exposition, pose, elle, la question de la médiation entre l'oeuvre artistique et le grand public. Selon elle, « l'art contemporain a besoin d'explications. Une installation ne se suffit pas à elle-même. Il faut un accompagnement du public surtout en milieu rural. D'où l'importance de l'éducation du regard des gens, de la pédagogie pour une meilleure accessibilité. Cependant, une question demeure : quel art, à quel endroit et pour quel public ? » Pour l'heure, les oeuvres exposées font l'objet à présent d'une surveillance accrue.
Y ALLER La biennale d'art contemporain se poursuit jusqu'au 21 septembre et des visites guidées sont proposées sur rendre-vous. Contact : Aceca Lezarts 03.88.35.25.17 ou 06.85.15.18.79.
Le Jardin d'Eva Pora, de Jean-Luc Brisson, a également été visé par le ou les vandales. Ces oeuvres font à présent l'objet d'une surveillance accrue.
Dominique Gutekunst
Le visage de l'homme immergé, installation photographique de Florian Tiedje, a été touché vraisemblablement par des pierres lancées volontairement depuis la passerelle…
Sylvain Thévenard











