Washington reste discret sur ses plans mais semble désormais écarter une attaque massive imminente. Alors que le régime taliban appelle les réfugiés à rentrer chez eux, des milliers de manifestants ont crié leur colère contre les États-Unis, hier dans la capitale afghane.
À Kaboul, une marche a réuni hier plusieurs dizaines de milliers de personnes, pour la plus grande démonstration de colère contre les États-Unis dans la capitale afghane depuis le début de la crise. Des manifestants sont entrés dans la concession de l'ancienne l'ambassade des États-Unis et ont incendié des voitures abandonnées. Le feu s'est propagé à des bâtiments voisins sans que l'ex-chancellerie soit touchée. Les taliban, au pouvoir à Kaboul, protègent depuis cinq ans Oussama ben Laden, considéré par les États-Unis comme le grand ordonnateur des attaques suicide du 11 septembre à New York et Washington. Leur chef suprême, le mollah Mohammad Omar, a cependant assuré qu'en cas d'attaque américaine les civils n'avaient rien à craindre et que la perspective même d'une opération semblait encore lointaine. Il a invité les Afghans fuyant d'éventuelles frappes américaines à rentrer chez eux. Des dizaines de milliers de personnes ont fui les grandes villes d'Afghanistan dans les jours qui ont suivi les attentats. Selon l'ONU, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur de l'Afghanistan pourrait passer de 1,1 à 2,2 millions pendant l'hiver et la famine menacer certaines régions.
Durcissement de l'Iran
En Iran, l'ayatollah Ali Khamenei a qualifié le comportement des dirigeants américains d'« arrogant, égoïste et oppressif ». « L'Iran ne fournira aucune aide aux États-Unis et à leurs alliés », a déclaré le Guide de la République islamique. « Pendant 23 ans, vous avez constamment attaqué les intérêts iraniens, comment osez-vous demander notre aide pour attaquer un pays musulman et opprimer l'Afghanistan qui est notre voisin ? ». La foule a accueilli ce discours aux cris de « Mort à l'Amérique », renouant pour la première fois depuis le 11 septembre avec les slogans anti-américains. Après les attentats, de nombreuses bougies avaient été allumées partout dans la capitale iranienne à la mémoire des victimes et l'Iran avait condamné avec force la vague terroriste aux États-Unis, semblant assouplir sa position à l'égard de Washington. De son côté, le Pakistan, pays-clef du dispositif américain, a également affiché hier sa réticence à coopérer trop étroitement avec les États-Unis. Le ministère des Affaires étrangères pakistanais a assuré n'avoir « aucune information à propos d'Oussama ben Laden ou des dirigeants d'Al Qaida », l'organisation tentaculaire de ben Laden dont le centre de décision est en Afghanistan.
« Liberté immuable »
Devant les ministres de la Défense de l'OTAN réunis à Bruxelles, le secrétaire adjoint américain à la Défense Paul Wolfowitz est resté évasif sur les intentions des États-Unis quant à leurs représailles militaires. Washington, qui a déployé une véritable armada en mer d'Oman, semble désormais écarter une attaque massive imminente contre l'Afghanistan, mais sans renoncer aux menaces de déstabilisation contre le régime des taliban. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a averti que la riposte ne commencerait pas par « une attaque ou une invasion massives ». « Il n'y aura pas de jour J en tant que tel », a dit M. Rumsfeld. La campagne antiterroriste, qui a été rebaptisée « Opération Liberté immuable », sera prolongée sur des années. En attendant, le président Bush a invité les Afghans à se soulever contre les taliban, mais sans aller jusqu'à appeler directement à un renversement du pouvoir islamiste. Le but « n'est pas de remplacer un régime par un autre », a souligné son porte-parole Ari Fleischer. Un vide à Kaboul pourrait placer Washington en porte-à-faux par rapport à certains alliés recherchés dans la région, à commencer par le Pakistan. Les Américains n'ont formulé aucune demande auprès des opposants aux taliban pour utiliser des territoires sous leur contrôle à des fins militaires, a déclaré hier Abdullah Abdullah, ministre des Affaires étrangères du gouvernement afghan en exil. Les opérations devraient se limiter à « des cibles militaires dans les zones contrôlées par les taliban : bases militaires, dépôts de munitions, bases aériennes (… ) ainsi que des camps terroristes », a-t-il dit, laissant entendre que l'opposition afghane aidait les États-Unis à identifier des cibles.
Hier, dans les rues de Kaboul : le régime taliban a montré qu'il conservait le soutien d'une grande partie de la population locale.
AFP











