Les Toulousains et les plus hautes autorités de l'Etat, Jacques Chirac et Lionel Jospin en tête, ont rendu un hommage solennel aux victimes de l'explosion de l'usine chimique AZF, alors que la population de l'agglomération s'inquiète de sa sécurité et commence à exiger des comptes du propriétaire du site TotalFinaElf. Le président de la République, accompagné de son épouse Bernadette, et le Premier ministre ont assisté à une cérémonie oecuménique célébrée à la mémoire des 29 victimes tuées lors de la catastrophe et à leurs familles. Au lendemain d'une manifestation qui a rallié plusieurs milliers de personnes sous le seul slogan « Plus jamais ça », la colère croissante des nombreux habitants des quartiers sinistrés par la catastrophe s'est traduite hier par le dépôt devant la justice des premières plaintes visant expressément le groupe TotalFinaElf. Hier matin, Me Guy Debuisson a déposé, au nom de personnes blessées vendredi notamment, les seize premières plaintes d'une série qu'il annonce longue. Ces plaintes visent le propriétaire du site et ses dirigeants, dont le PDG de TotalFinaElf Thierry Desmarest, pour « mise en danger de la vie d'autrui et coups et blessures volontaires ». Après les « négligences » pointées du doigt par le procureur de la République Michel Bréard lundi soir, les dénégations appuyées des responsables de l'usine n'ont, semble-t-il, pas convaincu les 2500 à 8000 Toulousains qui ont rallié mardi soir la place du Capitole pour exiger des comptes de TotalFinaElf. Fort du succès de la manifestation, le collectif « Plus jamais ça », qui rassemble des habitants des quartiers sinistrés autour de militants écologistes et syndicaux, a enfoncé le clou hier en interpellant le directeur du cabinet du préfet de Haute-Garonne des risques qui, selon eux, continuent à peser sur la population après l'explosion. Entre autres critiques, le collectif stigmatise le mauvais fonctionnement des procédures de protection de la population prises après l'explosion et, surtout, s'inquiète des risques causés par les grandes quantités de substances toxiques toujours stockées sur le site dévasté de l'usine et dans les entreprises voisines, notamment de phosgène très toxique à la société nationale des poudres et explosifs (SNPE). Déçu des réponses des autorités, le collectif a d'ores et déjà programmé une nouvelle manifestation samedi afin d'obtenir « la transparence sur l'état du site et sur les risques que continue à courir la population ». Sur le site dévasté, le délicat travail de récupération des milliers de tonnes de produits toxiques solides ou liquides a continué hier, avec l'appui des militaires.
Dans les décombres de l'usine AZF, des inspecteurs passent à côté de sacs contenant du nitrate d'ammonium, un produit qui serait à l'origine de l'explosion.
AFP











