John Le Carré, un des plus grands romanciers anglais contemporains, dénonce très violemment, dans son dernier roman « La constance du jardinier », les multinationales pharmaceutiques, mêlant l'histoire individuelle d'un homme « grandi par la tragédie » à l'exploration d'une des faces les plus cruelles de la mondialisation. De son vrai nom David Cornwell, le maître de l'espionnage, né en 1931 et vivant dans les Cornouailles, a 18 romans derrière lui, dont « L'espion qui venait du froid », paru en 1963 et vendu depuis à 20 millions d'exemplaires. La parution de la plupart de ses livres (« Une petite ville en Allemagne », « La taupe », « Les gens de Smiley », « La maison Russie » etc) a été un événement éditorial. John Le Carré nous entraîne cette fois au Kenya où une jeune avocate, Tessa Quayle, qui s'apprêtait à faire éclater un scandale politico-commercial, a été assassinée tandis que son compagnon de voyage et amant supposé, médecin africain d'une organisation humanitaire, a disparu. Justin, l'époux de Tessa, diplomate résigné et jardinier amateur, se lance, en Europe, au Canada et en Afrique, sur les traces des tueurs. Faisant preuve d'une force de caractère surprenante, il découvrira les machinations de multinationales pharmaceutiques, ces « marchands d'armes en blouse blanche » qui achètent des responsables politiques et sacrifient la santé publique sur l'autel du « dieu profit ». « Mon propos, dit John le Carré à la presse britannique, c'est le dilemme des honnêtes gens, en lutte contre la déferlante ravageuse de la cupidité d'entreprises que les gouvernements soutiennent au nom du profit et du plein-emploi ». « Les temps ont changé depuis la Guerre froide mais pas autant que nous aimerions le penser », estime celui qu'un critique a qualifié de « gentleman » disposant, « comme nul autre, de tout l'arsenal des terreurs qui hantent l'âme humaine ». Car cette nouvelle cible de l'écrivain est au moins aussi terrifiante que l'ancien empire soviétique. « A mesure que j'avançais à travers la jungle pharmaceutique, je me suis rendu compte qu'au regard de la réalité, mon histoire est aussi anodine qu'une carte postale de vacances », écrit l'auteur dans une note insérée à la fin du livre. Dénonçant « le pouvoir corrupteur » des grands groupes pharmaceutiques, notamment dans les pays en voie de développement, il considère que ces firmes doivent répondre de nombreux « péchés flagrants ». Le roman est dédié à la Française Yvette Pierpaoli, inlassable militante de causes humanitaires, morte accidentellement en Albanie en avril 99 à l'âge de 60 ans. Elle a servi de modèle pour Tessa, l'idéaliste et la battante. John Le Carré sera le 4 octobre l'invité de l'émission « Campus » de Guillaume Durand sur France 2 et son éditeur français, Le Seuil, ressort à l'occasion plusieurs de ses romans en format poche.











