Depuis quelques années, l'Atelier du Rhin multiplie les initiatives vers de nouveaux publics. Après un travail en zone rurale (voir plus bas), il tente une approche du quartier ouest.
APRÈS le lancement d'une action en direction des campagnes dès 1999, l'Atelier du Rhin avait un projet artistique au sein du quartier ouest de Colmar. L'élaboration a pris du temps. Elle aboutit cette année sous la forme d'une action sur trois années, dans le cadre du contrat de Ville. L'objectif est de créer une rencontre entre la création artistique et les habitants d'un quartier encore peu sensibilisé au spectacle vivant. Le théâtre est ici conçu comme « un moyen de développement social ». La municipalité est donc partie prenante de l'opération comme l'explique Gabriel Braeuner, secrétaire général adjoint : « Nous étions preneurs d'actions qui ont le quartier ouest pour sujet. Le contrat de Ville, signé l'an dernier, comporte un volet culturel. Le ministère de la Culture prône, notamment, de rapprocher les institutions culturelles des réalités des quartiers. Il nous fallait trouver un partenaire suffisamment moteur : ce fut l'Atelier du Rhin. Le financement de l'opération s'élève à 61 000 euros (400 000 F) ; la Ville participera à hauteur de 12 196 euros (80 000 F) pour cette saison. Il ne s'agit pas seulement d'amuser les gens, mais de renforcer le lien social par une démarche culturelle, une attitude responsable, un travail structurant ».
« Une aide à vivre »
Le projet a été placé sous la responsabilité artistique de Guy Benisty, metteur en scène du Githec, Groupe d'intervention théâtrale et cinématographique, un organisme, basé à Pantin, spécialisé dans l'action culturelle en direction des quartiers dits défavorisés. Guy Benisty animera la première rencontre mercredi prochain avec ceux qui seraient intéressés par l'aventure. « Nous avons déjà rencontré les associations du quartier qui nous servent de relais pour diffuser l'information », précise Michèle Gaujard, responsable des actions culturelles à l'Atelier du Rhin. Concrètement, il y aura des ateliers, des stages dans un local situé 1 rue de Berlin. Le travail a été confié à un relais local, Pierre Guillois, un comédien-metteur en scène engagé par l'Atelier du Rhin pour cette mission (voir notre encadré). Celui-ci travaillera en collaboration avec Guy Benisty. À partir des improvisations des jeunes et de RMIstes, Guy Benisty écrira un texte. Une démarche qu'il qualifie d'« artisanale » : « C'est un va-et-vient entre ce qu'on reçoit dans les improvisations, ce qu'on observe dans la rue et l'écriture. Il faut que le théâtre ait la capacité de mettre les choses du quotidien en scène pour que les gens se voient eux-mêmes, que cela provoque un recul et que cela les aide à vivre ».
Théâtre embourgeoisé
La démarche aboutira à un spectacle en plein air, dans le quartier ouest, les 20 et 22 juin. « Notre règle, c'est qu'il faut aller devant le public, présenter quelque chose. Il ne s'agit surtout pas d'initiation ou de formation au métier de comédien », explique Guy Benisty. Pour Guy Benisty, le travail dans les quartiers relève de la conviction. « C'est mon enthousiasme, ma vocation. Je ne suis pas un travailleur social. Je suis un artiste et je cherche à faire de beaux spectacles. Pour moi, cela passe par le travail dans les quartiers ». L'artiste s'en prend au théâtre français qui s'est « embourgeoisé : malgré le désir du populaire, les spectacles sont donnés pour une petite catégorie de personnes dans un cadre très codifié. Nous, on veut que le théâtre soit vraiment populaire, qu'il réunisse des représentants de l'ensemble de la société, les riches, les pauvres. Ce n'est pas facile à mettre en oeuvre ». Pour lui, le problème ne se règle pas à coût d'affiches ou d'opérations de relations publiques : « Le théâtre devrait porter en lui-même la relation publique. Il faut que les gens se sentent concernés, qu'ils se sentent représentés dans les formes théâtrales. Cela implique de jouer dehors par exemple car le chemin qui sépare les habitants d'une salle est semé d'embûches, notamment psychologiques et financières. Il faut arrêter de tourner autour du pot ». L'année dernière, une amorce de travail avait déjà été engagée. Cela avait abouti sur un spectacle, « Jusqu'à tuer un chien », avec trois jeunes filles des quartiers. « On avait attiré 800 personnes sur trois représentations. Pour les jeunes filles, il avait fallu un courage énorme à prendre la parole. Mais elles ont été récompensées : elles ont communiqué leur joie à leurs mères et leurs soeurs ! ».
Pierre Guillois, nouveau comédien permanent de l'Atelier du Rhin. Il s'est installé dans le quartier ouest pour mener à bien sa mission d'un travail artistique avec les habitants du secteur.
Hervé Kielwasser











