Tout un dispositif politique, militaire et financier se met en place contre les menées terroristes, le régime afghan étant le premier visé. Seul le Pakistan a encore des liens diplomatiques avec Kaboul, où l'on dénonce la « cruauté » de la politique américaine.
DEUX SEMAINES après les attentats de New York et Washington, l'étau diplomatique, militaire et financier autour du régime islamiste de Kaboul s'est encore resserré. L'Arabie Saoudite a en effet décidé, hier, de rompre avec l'Afghanistan, tandis que la Grande-Bretagne a adressé un ultimatum aux taliban et que se prépare un embargo financier international contre le terrorisme. « Les Afghans qui fuient maintenant leur pays le font autant par peur de leur propre régime que d'une intervention militaire », a affirmé Tony Blair. « Mais il y aura une intervention militaire à moins que les taliban ne changent et se plient à l'ultimatum qui leur a été présenté aussi clairement » (de livrer Oussama ben Laden), a ajouté le Premier ministre britannique.
Message du mollah Omar aux Américains
En réplique, le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar, a accusé Washington d'avoir commis des « atrocités », dans un message adressé au peuple américain. Le mollah Omar attribue le terrorisme aux États-Unis aux « mauvaises politiques de leur gouvernement », affirmant que ces attentats sont une revanche. Le mollah Omar défend son « hôte », Oussama ben Laden, qui réside depuis cinq ans en Afghanistan, et appelle le peuple américain à prendre en considération la « cruauté » de la politique de leur pays. Mais l'isolement diplomatique de Kaboul est devenu quasi-total. Ryad a motivé sa décision de rompre les relations par le refus de la milice islamiste au pouvoir de répondre « aux contacts et initiatives entrepris par l'Arabie Saoudite pour la convaincre de cesser de donner refuge aux terroristes et de les former ». Le Pakistan, dont une partie de la population et de l'armée soutient les taliban, est désormais le seul pays à conserver des liens diplomatiques avec le régime taliban. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Abdul Sattar, a reconnu que son gouvernement, malgré son engagement à coopérer avec Washington, devait tenir compte des réactions de la population. Imposer de l'étranger un gouvernement afghan serait « une catastrophe », a-t-il averti, tout en se montrant évasif sur les modalités pratiques de la coopération militaire qu'il avait promise à Washington. Autre grand voisin de l'Afghanistan, l'Iran a accueilli hier, pour la première fois depuis la révolution islamique de 1979, le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, pour des entretiens sur la coopération antiterroriste. Téhéran, adversaire des taliban, est favorable à une action internationale, mais sous l'égide de la seule ONU, et a réaffirmé son opposition à une éventuelle action militaire américaine contre l'Afghanistan. Parallèlement, la communauté internationale se mobilise sur l'aspect financier de la lutte antiterroriste, en réponse à l'appel lancé lundi par Washington d'un gel des avoirs de 27 organisations et personnes suspectes, dont Oussama ben Laden. L'Allemagne et la France ont de leur côté déjà gelé plusieurs millions d'euros (4,27 M EUR pour la France et 1,38 M EUR pour l'Allemagne) sur des comptes suspects.
Jospin : des précautions non révélées
D'autre part, Lionel Jospin a décidé hier un certain nombre de mesures de prévention et de protection « au-delà du plan Vigipirate renforcé », en refusant pour le moment de les révéler, selon l'entourage du Premier ministre. Il s'agit de « dispositions pour protéger les éléments essentiels à la vie de notre pays ».
Un F/A-18 de l'US Navy survole le porte-avions Enterprise qui croise dans le Golfe persique, l'une des pièces d'un dispositif de raids éventuels.
AFP











