Demain, le régiment de Colmar aura perdu ses derniers soldats du contingent, incorporés en février dernier et libérés en même temps que tous les appelés de France.
AU 152e Régiment d'infanterie de Colmar, certains avaient pris l'habitude de les surnommer affectueusement « les dinosaures », référence à leur statut de derniers représentants d'une espèce en voix d'extinction, l'appelé du contingent. De 120 en septembre 2000, il n'en restait plus que 13 ce mois-ci parmi les Diables rouges, incorporés en février dernier, théoriquement pour dix mois. Trois d'entre eux ont « rempilé », en signant des contrats d'engagés volontaires (soldats de métier) ou de volontaire service long. Ce sont donc dix « dinosaures » qui hier, au quartier Walter ont entamé leurs formalités de libération avec deux mois d'anticipation. Une « quille » pas comme les autres et, du côté des cadres, quelques boutades cachent mal une petite pointe de regret. « C'est avec des soldats du contingent que j'ai effectué toutes mes périodes de commandement. Le départ de ces appelés, c'est une page qui se tourne. Je sais que je n'en croiserai plus dans la caserne et ça me fait quelque chose », reconnaît le capitaine Philippe Banse, chef du bureau Recrutement et condition du personnel du 15-2. Même expression chez le colonel Marc Gallart, patron du régiment, qui relève : « Les appelés nous apportaient leur jeunesse et leur esprit critique. Ils nous ont fait évoluer ». Réaliste, il ajoute : « Aujourd'hui, la professionnalisation est bien engagée, l'heure n'est donc plus aux états d'âmes. Mais quand est tombée la décision de suspendre la conscription, oui, on en a eu ». Pour marquer cette journée pas ordinaire et rendre hommage aux partants, les chefs de services et cadres qui avaient des appelés sous leurs ordres avaient revêtu le treillis de parade, avec décorations, fourragères et épaulettes ornées des galons dorés. À midi, le chef de corps a partagé le déjeuner des futurs civils : « Je leur ai fait part de ma satisfaction pour le travail qu'ils ont fourni. Eux plus que les autres. Leur présence depuis février a été essentielle dans la réussite de notre montée en puissance, car ils ont occupé des postes de spécialistes pas encore couverts par des engagés. » Le colonel estime qu'il faudra au moins dix mois pour avoir des « pros » sur tous les emplois laissés vacants par les « quillards ». Aujourd'hui, les partants achèveront de rendre leur paquetage et passeront la visite médicale de fin de service militaire. Jeudi dans la journée, après avoir signé leurs pièces matricules, ils quitteront définitivement les lieux. Conformément à l'échéance fixée par le gouvernement, le contingent devrait avoir déserté l'ensemble des casernes de France pour la fin du mois.
Entourant le capitaine Banse, chef du bureau Recrutement et condition du personnel, les dix derniers Diables rouges appelés. Jeudi, ils auront définitivement quitté le quartier Walter.
Dom. Poirier











