Le refus d'Ariel Sharon d'autoriser Shimon Peres, chef de la diplomatie israélienne, de rencontrer hier soir Yasser Arafat fait peser le menace d'une crise gouvernementale en Israël. Dès l'ouverture de la réunion hebdomadaire du Cabinet israélien, Ariel Sharon devait déclarer tout de go : « Je n'autoriserai pas une telle rencontre tant que les violences se poursuivront en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. » Shimon Peres n'assistait pas à la réunion. Son absence était le signe des profondes tensions au sein du gouvernement israélien. Pourtant Sharon n'avait pas dit mot, samedi quand Peres, chef de la diplomatie israélienne, avait eu des entretiens préparatoires avec Abou Ala, président du Conseil législatif palestinien, et Saeb Erekat, un proche conseiller d'Arafat. Que s'est-il passé entre-temps ? Les partis de droite et religieux, membres de la coalition gouvernementale, ont montré les dents. Ils sont déclarés résolument contre la rencontre Peres-Arafat. Ces partis menaçaient de passer dans l'opposition. Sharon ne détient les rênes du pouvoir que parce que l'électorat des partis annexionnistes a massivement voté pour lui aux élections du premier ministre en février dernier.
Les ministres travaillistes se sont réunis dimanche après-midi. Ils ont demandé à s'entretenir d'urgence lundi avec Ariel Sharon. Toutefois la plupart d'entre eux s'opposent au départ du gouvernement. Fouad Ben Eliezer, ministre de la défense, le « faucon travailliste », s'exprimait crûment : « Ce n'est pas à cause d'Arafat que nous devons ouvrir une crise gouvernementale. »
Si Peres quitte le gouvernement...
Shimon Peres s'est retrouvé isolé. Il a proposé de se mettre en vacances du pouvoir. Ses collègues ont refusé. Ils ne désespèrent pas — grâce à des pressions américaines accentuées — de parvenir à convaincre Sharon de permettre en fin de compte à Shimon Peres de parler cessez-le-feu avec Yasser Arafat. De son côté, le secrétaire d'État américain Colin Powell s'est empressé de téléphoner successivement à Shimon Peres, pour l'assurer de l'appui de l'administration Bush, et à Ariel Sharon, pour lui rappeler combien les États-Unis tenaient dans les circonstances actuelles au cessez-le-feu israélo-palestinien et à la relance du processus de paix. Si Shimon Peres quitte le gouvernement, il devrait l'annoncer prochainement. Shimon Peres, prix Nobel de la Paix, joue le rôle de faire-valoir de la politique israélienne. Son départ risque d'accroître l'isolement d'Israël sur la scène internationale.











