Les taliban au pouvoir affirment que Ben Laden a disparu. Mais ce sont surtout les habitants qui partent, dans la cohue, pour éviter les frappes américaines.
QUELQUES heures après avoir affirmé qu'ils ne livreront pas le terroriste en chef présumé, les taliban au pouvoir en Afghanistan ont affirmé que Ben Laden a disparu. Cette disparition aurait été découverte au moment où ses hôtes s'apprêtaient à lui remettre l'édit des religieux les plus éminents du pays — dûment avalisé par le chef suprême des taliban, le mollah Mohammad Omar — lui demandant de quitter volontairement « l'Émirat Islamique d'Afghanistan ». Les taliban en tout cas, restent solidaires de leur hôte. « L'exigence américaine d'extradition immédiate d'Oussama ben Laden n'est acceptable par aucun musulman afghan, et nous ne sommes pas prêts à l'accepter », avait dit, quelques heures avant « la disparition », le porte-parole du mollah Omar, expliquant : « Nous n'avons pas changé de position. Nous ne pouvons pas brader la religion islamique et les traditions afghanes. Nous nous reposons sur Allah, et ne pouvons donc nous démarquer de notre religion ». Le porte-parole a menacé de « conséquences graves » les pays voisins qui coopéreraient à des frappes américaines sur l'Afghanistan en représailles aux attentats du 11 septembre aux États-Unis, don ben Laden est considéré par Washington comme le principal responsable. « La nation afghane n'oubliera jamais ce moment crucial » a-t-il dit. L'annonce de la disparition de ben Laden n'a pas ému les États-Unis où Condoleezza Rice, conseillère du président George W. Bush pour la Sécurité nationale, a déclaré que Washington n'allait « pas être dissuadé d'intervenir ». La crainte de représailles pousse des dizaines de milliers d'Afghans affamés et terrorisés sur les routes. Ils poursuivent leur errance, à la recherche d'un abri, ou de nourriture. L'UNICEF envisage de procéder à des convoyages aériens de nourriture rapidement. Le Programme alimentaire mondial a suspendu ses distributions dans le pays la semaine dernière, ce qui, selon de nombreuses organisations humanitaires, était prématuré. Le PAM, qui nourrit 3,8 millions d'Afghans, dispose de moins de trois semaines de stocks alimentaires en Afghanistan. L'Afghanistan compte déjà plus d'un million de déplacés, dont de nombreux enfants particulièrement vulnérables à l'approche d'un hiver que l'on annonce déjà très rude et qui pourrait être meurtrier pour les sans-abri.
Un avion espion américain abattu
Pendant que la population s'en va, la situation se durcit sur le terrain. La milice islamiste des taliban a annoncé avoir abattu samedi un avion qui pourrait être un drone espion américain, dans la province de Samangan. Les États-Unis ont reconnu la perte d'un avion espion au-dessus de l'Afghanistan. Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a toutefois refusé de confirmer que celui-ci avait été abattu. L'appareil contenait deux caméras et a été emmené vers un endroit secret, ont déclaré les autorités de Kaboul. Selon des sources en Ouzbékistan, des avions américains de surveillance électronique sont déjà en opération depuis une base aérienne proche de Tachkent. Les forces de l'opposition ont pour leur part annoncé avoir progressé en direction de Mazar-i-Sharif, et pris le contrôle d'un point stratégique important à Zaare, qui leur facilite transport et ravitaillement. Ces offensives sapent le moral des miliciens taliban également menacés à quelques dizaines de kilomètres au nord de la capitale. A Kaboul, les autorités auraient commencé à distribuer des fusils Ak47 aux civils, en prévision du prochain jihad (guerre sainte) contre les États-Unis.
Des soldats pakistanais surveillent des émigrants afghans massés de l'autre côté de leur frontière.
AFP











