Mercredi, une douzaine d'élèves du collège de Bourtzwiller ont participé à une première sortie dans les Vosges, début d'une longue série qui les mènera dans la vallée de Chamonix en mai.
MERCREDI 13 h 31, la petite Micheline entre en gare de Thann. Une douzaine d'adolescents débarquent, sous la grisaille. Objectif : « Prise de contact avec les conditions générales de la marche à pied. » « Cette première sortie est un test, pour voir comment se comporte le groupe. Ils ont comme consignes de tenir compte les uns des autres, de marcher ensemble », indique Christine Kohler, jeune enseignante d'EPS qui entame sa deuxième année au collège de Bourtzwiller et qui a préparé la sortie. C'est le tout premier rendez-vous d'une série de dix. Au terme de ces séances d'entraînement, ils doivent s'attaquer à l'ascension d'un sommet, dans la vallée de Chamonix, en mai 2002. La plupart ont une très faible expérience des sorties en montagne. Certains sont arrivés légèrement vêtus. C'est le début de l'apprentissage.
Tous ensemble, tous ensemble, oy, oy, oy…
Ils ont été sélectionnés pour participer à cette aventure, mais devront faire preuve de bonne volonté. La majorité est en classe de 3e et l'école n'est pas la matière qu'ils préfèrent. Le collège leur offre une chance de tourner le dos à l'échec, de réaliser un très grand projet qui leur permettra peut-être de reprendre confiance et de comprendre que l'effort peut aussi engendrer la réussite. C'est une sorte de pari sur leur capacité à rebondir. Le petit groupe très joyeux traverse bruyamment les rues de Thann. Croise un trio de jolies filles souriantes (chouf les meufs…), une vieille dame dubitative (contraste), des petites maisons alsaciennes croulant sous des rivières de géraniums et de pétunias (étonnement admiratif). Avant d'aborder le dernier tournant vers le Kaltenbach et d'attaquer la grimpette vers le col du Grumbach, Christine Kohler distribue à chacun une photocopie de la carte du club vosgien, pour initier les élèves à la lecture d'un plan. Suivre la croix jaune, jusqu'au col. En deux temps trois mouvements, ils franchissent allégrement les 246 mètres de dénivelé qui séparent les dernières maisons thannoises du premier point de rendez-vous. Dans le sentier escarpé qui dessine un lacet serré entre les arbres, les jeunes s'encouragent en donnant de la voix. « Tous ensemble, tous ensemble Oy, Oy, Oy ». De l'énergie à revendre. Les adultes suivent derrière, plus tranquillement. Pause goûter au col, histoire de boire un peu, commenter les mollets du prof et dire ses premières impressions devant la caméra, témoin fidèle des exploits. Mise au point sur quelques règles : « Attention. Balancer un caillou en montagne, c'est un crime », rappelle le prof. Pas question non plus de jeter un papier par terre. Les collégiens poussent le zèle jusqu'à ramasser des détritus d'autres randonneurs. « Vous avez vu madame, on ramasse ! On est des gentils ! » La seconde pause s'étire à la Roche Albert, qui offre un beau point de vue sur Bitschwiller-les-Thann. Haie d'honneur pour les retardataires. On a largement le temps d'admirer le paysage, de déguster les bonbons de la prof de maths, de parler du bled et du projet Chamonix. « Vous dormirez dans un refuge », explique-t-on. « Il y a une play-station ? La télé ? Non ? C'est pas la vie, ça ! »
Ce que j'aime chez eux, c'est qu'ils sont vivants !
Il y a peu de place pour le silence et la dérision est omniprésente. Les jeux de mots et les rires fusent, en permanence. Même si parfois, derrière ce qui est dit remonte l'une ou l'autre préoccupation. Quand le prof propose de se taire pour écouter les bruits environnants, ça devient immédiatement « une minute de silence pour le peuple afghan ». Mais ça ne dure jamais longtemps. Un peu plus tard, sur l'air de « Elle descend de la montagne à cheval », ils entament une version dépoussiérée de ce grand classique de colo : « J'ai une tante au Maroc qui s'appelait Hip Hop (reprise) Elle traverse le désert en dromadaire oula-oula hip-hop (reprise) elle boit du martini quand elle a soif, glou-glou oula-oula hip-hop etc.. » Sur le chemin, on ramasse des « oursins » au pied des châtaigniers, des champignons visqueux, des fougères mystérieuses (« Fais gaffe, ça donne le cancer du sida ! »). « Eh, madame Kohler, on a fait beaucoup de kilomètres ? » Réponse au cours de maths, demain. La pluie, pas trop pénible ? « La pluie ? On s'en fout ! Ici, ça nous change du quartier. On va faire plein de sorties, encadrés par des profs qui sont tous bien. Et vous avez vu, on est solidaires ! Quand Michael avait froid, on l'a réchauffé ! ». Fatigués ? « Mais non, c'était facile, on est des super sportifs, nous ! » Commentaire de l'autre professeur d'EPS, Fabien Klode : « Ce que j'aime chez eux, c'est qu'ils sont vivants ! ». Il paraît que pendant le trajet de retour, dans le train, on entendait les mouches voler.
Première grimpette vers le col du Grumbach. Une promenade de santé…
Photos Darek Szuster
Repérage sur la carte, on suit la croix jaune. Merci au Club vosgien.











