Servant le feu, l'ancien Belge du FC Mulhouse s'est qualifié, hier au TC Illberg, pour la finale du Grand Prix Barrisol où il rencontrera aujourd'hui Florent Serra.
À 24 ANS, est-on déjà un « has been » pour le tennis de haut niveau ? Cette question, le Belge Arnaud Fontaine se la pose sérieusement. Depuis six ans, il parcourt les tournois satellites, Futures ou challengers à la recherche des points qui lui permettraient d'entrer dans le gotha des meilleurs mondiaux. À la fin de la saison dernière, alors qu'il s'approchait de la 200e place à l'ATP, il pensait être sur la bonne voie. Mais de mauvais résultats en début d'année, puis une blessure qui l'a éloigné des courts pendant plusieurs semaines ont réinstallé le doute. « Je suis retombé après la 300e place mondiale, c'est-à-dire au niveau auquel je me trouvais quand j'avais 18 ans, explique le foudroyant tombeur de Slimane Saoudi, hier en demi-finale du GP Barrisol. Je pense que c'est à ce moment-là, il y a six ans, que j'ai manqué le coche. Parce que je n'ai pas fait les choses, ni rencontré les personnes qu'il fallait pour me pousser plus haut. Il y a quelques semaines, je me suis donné jusqu'à la fin de l'année pour prendre une décision : soit ça marche et je continue, soit j'arrête ma carrière sur le circuit ». L'ultimatum que s'est lancé le N.6 belge a paradoxalement eu pour effet de le libérer. « Ici, à Mulhouse, je dispute mon premier tournoi depuis que j'ai pris cette décision. Et j'arrive en finale ! Mais ce n'est sans doute pas un hasard. Ça marche peut-être parce que je me dis que je n'ai plus rien à perdre, que j'ai d'autres projets si je devais m'arrêter… » Le N. 32 français Slimane Saoudi peut témoigner de la confiance retrouvée de son adversaire, hier. Alors que le Belge est souvent coutumier des sautes de concentration, il n'a pas fléchi un instant lors de sa demi-finale hier, breakant la tête de série N.4 du tournoi en début de chaque set, sans lui laisser une seule opportunité de recoller au score. « J'avais un schéma tactique très précis pour contrer Slimane, et il a bien marché, notamment parce que j'ai très bien servi, explique le Bruxellois. Il fallait au maximum que je raccourcisse les échanges en fond de court, que j'essaye de le prendre de vitesse — ce qui n'est pas évident, parce qu'il court très vite — et que je joue des volées courtes, parce qu'il se tient assez loin de la ligne du fond ».
« Donner ce que je n'ai jamais eu »
Une tactique payante, qu'il pourrait bien reconduire aujourd'hui contre Florent Serra. Le jeune Bordelais est lui aussi un relanceur hors pair et un défenseur de talent, qui a parfaitement jugulé le Suisse du TC Illberg Yves Allegro un peu plus tôt dans l'après-midi. « Je me suis un peu fait peur en début de premier set, reconnaissait le 42e joueur français. J'avais réussi le break, avant de perdre mon service tout de suite derrière. C'est toujours pareil : après avoir pris le service de l'adversaire, on croit que le plus dur est fait, alors qu'à mon avis, le plus dur est toujours de confirmer le break sur son service… » Finaliste sur terre battue à Bourg-en-Bresse, puis vainqueur à Aix-les-Bains, Serra découvre avec un rien d'étonnement qu'il peut également briller sur dur en indoor. « C'est vrai que le passage sur dur se passe bien. Mais le match de la finale sera de toute façon très difficile ». La clé de son succès hier ? « Il a très bien servi, analyse Yves Allegro. Et il ne m'a pas laissé m'approcher du filet. J'ai bien essayé de monter en début de match, mais à chaque fois, il me passait sans problème. Et moi, j'ai un problème à la volée : les balles sont un peu légères, et j'ai du mal à les contrôler ». Entraîné par Alois Beust au CNE de Roland-Garros, Florent Serra bénéficie à 20 ans des structures dont aurait rêvé Arnaud Fontaine en Belgique. « Mais chez nous, il n'y a rien qui est fait pour les jeunes, explique l'ancien joueur du FC Mulhouse. Si jamais je devais arrêter à la fin de l'année, je resterai dans le tennis. Pour entraîner, m'occuper des jeunes et leur donner ce que je n'ai jamais eu ».
HIER
SIMPLE (demi-finales) : Serra (Fra, ATP 355, Fra N.42) bat Allegro (Sui N.8/TC Illberg, ATP 352, Fra N.34) 7-6 (7/2), 6-4 ; Fontaine (Bel N.6, ATP 323, Fra N.47) bat Saoudi (Fra, ATP ATP 305, Fra N. 32) 6-4, 6-3. DOUBLE (demi-finale) : Allegro/Stauder (Sui/All) battent B. Dupuy/Renavand (Fra) 6-1, 6-2.
A partir de 12h30 : finale du double, Allegro/Stauder (Sui/All) — Patel/Scherrer (G-B/Sui). A partir de 14h30 : finale du simple, Fontaine (Bel N.6, ATP 323, Fra N.47) - Serra (Fra, ATP 355, Fra N.42).
Arnaud Fontaine, qui disputera aujourd'hui au TCI la finale du tournoi Future ATP : « Ça marche peut-être parce que je me dis que je n'ai plus rien à perdre ».
Darek Szuster











