George W. Bush a poursuivi activement hier, depuis Camp David, les préparatifs de riposte américaine aux attentats du 11 septembre et s'est concerté avec le président russe Vladimir Poutine, tandis que l'étau se resserrait autour de l'Afghanistan, où se terre ben Laden, le principal suspect aux yeux des États-Unis. Le président américain a tenu hier matin un nouveau conseil de guerre avec les principaux membres du gouvernement pour préparer la réplique. La Maison Blanche a maintenu un black-out presque total sur cette réunion. Sur le terrain, les forces américaines ont commencé à se positionner. Des avions militaires américains, qui comporteraient des systèmes de reconnaissance, se trouvaient hier sur l'aéroport militaire de Touzel en Ouzbékistan, une ex-république soviétique limitrophe de l'Afghanistan, selon un responsable militaire ouzbek qui n'a pas donné plus de précisions quant à leur nombre, ni à la date de leur arrivée. Par ailleurs, selon des sources diplomatiques dans la capitale ouzbèke, des hélicoptères américains stationneraient à Tchirtchik, à 40 km à l'est de Tachkent. Dans le cadre du redéploiement des forces militaires américaines vers le Proche-Orient et l'Océan Indien, entamé en milieu de semaine en prévision de la riposte, l'armée de l'Air a annoncé la mobilisation de bombardiers B-52, utilisés pendant la guerre du Golfe pour tirer des missiles de croisière sur de longues distances. En outre, 2200 Marines, entraînés pour les opérations spéciales, ont embarqué à bord d'un groupe aéronaval conduit par le porte-avions Theodore Roosevelt, qui va rejoindre deux autres porte-avions dans la région.
Kaboul se prépare
Kaboul, qui accuse Washington de refuser tout compromis, se prépare aussi au conflit : « La suggestion visant à persuader ben Laden de quitter l'Afghanistan » de son plein gré « a été pratiquement balayée par les États-Unis » et « nous envisageons davantage maintenant l'option du jihad », a déclaré hier le porte-parole du chef suprême des taliban. Les taliban jugent « impossible » de livrer ben Laden aux Américains, une démarche « contraire à l'islam ». D'autant que, arguent-ils, Washington n'a pas fourni les preuves de la culpabilité du milliardaire d'origine saoudienne dans les attentats aux États-Unis. Les taliban ont laissé entendre que ben Laden n'avait pas quitté le territoire afghan, la radio iranienne indiquant pour sa part qu'il avait trouvé refuge dans la province d'Oruzgan, dans le centre de l'Afghanistan. Dans leur riposte, les Américains peuvent compter sur le soutien déterminé de l'Europe. Les chefs d'État et de gouvernement des 15 pays de l'UE, réunis en sommet extraordinaire à Bruxelles vendredi soir, ont affiché leur solidarité et jugé « légitime » une réponse américaine, tout en insistant pour qu'elle soit « ciblée » et se déroule sous l'égide des Nations unies. Autre succès politique pour les Américains, l'isolement désormais quasi-total de Kaboul. Alors que le régime pakistanais a déjà nettement pris ses distances, les taliban ont de nouveau subi un revers hier. Seul pays avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite à reconnaître le régime afghan, les Émirats arabes unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec Kaboul et sommé les membres de l'ambassade des taliban à Abou Dhabi de quitter le pays « dans les 24 heures ». Par ailleurs, après Israël, la Turquie a annoncé qu'elle était prête à ouvrir son espace aérien aux Américains. L'Iran est aussi fortement sollicité. Téhéran, qui n'a plus de relations diplomatiques avec Washington depuis 1980, a indiqué avoir reçu un message de « remerciements » pour sa position après les attentats. Le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw est attendu demain à Téhéran, première visite du genre depuis 1979. De leur côté, les « frères ennemis » de l'Asie du Sud, le Pakistan et l'Inde ont discuté hier dans le détail de la situation. De son côté, l'Arabie Saoudite rechigne à laisser Washington utiliser pour ses raids éventuels un nouveau centre de commandement sur une de ses bases militaires, forçant le Pentagone à envisager d'autres solutions qui pourraient retarder la riposte de plusieurs semaines. En visite pastorale au Kazakhstan, le pape Jean Paul II a de son côté estimé hier que la crise devait être réglée non par le « recours aux armes », mais par « des négociations et le dialogue ».











