Alors que le bilan de l'explosion survenue vendredi à Toulouse s'est alourdi, avec 29 morts et près de 1200 blessés, les critiques se multiplient contre la localisation d'un site industriel dangereux en zone urbaine.
L'UNANIMITÉ de l'hommage aux victimes de l'explosion de l'usine chimique AZF, survenue vendredi à Toulouse, n'a pas empêché la multiplication des critiques contre la localisation de ce site de production de produits dangereux, situé à un kilomètre des grands ensembles du Mirail. Un début de polémique est né dès vendredi avec les attaques des Verts locaux sur la responsabilité des élus qui ont laissé l'urbanisation cerner peu à peu l'usine, installée au début des années vingt sur un terrain dégagé. La multiplication des interrogations, de Jacques Chirac et Lionel Jospin, jusqu'au maire, Philippe Douste-Blazy, est désormais en passe de forger un nouveau consensus contre la reconstruction sur le même site des installations détruites. L'explosion, actuellement considérée comme « vraisemblablement accidentelle », de plus de 200 tonnes de nitrates d'ammonium, dans un atelier de stockage de l'usine d'Atofina (groupe TotalFinaElf), a tué 22 personnes sur le site et sept autres dans les quartiers environnants (dont un élève du lycée Gallieni). Elle a en outre fait 1170 blessés pris en charge au total, selon le dernier bilan provisoire établi hier soir par la préfecture de Haute-Garonne. 650 personnes étaient hospitalisées hier soir, dont 30 dans un état très grave. La catastrophe a par ailleurs provoqué des dégâts matériels qui risquent de se chiffrer en milliards de francs.
Convergence soudaine
Dès les premières heures qui ont suivi la catastrophe, les écologistes de tout bord ont sonné la charge : l'ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, le Vert Gérard Onesta, vice-président du Parlement européen, tout comme Brice Lalonde (Génération Écologie), ont dit leur colère et réclamé un transfert de ces industries. Le député Vert Noël Mamère a rappelé que « les Verts avaient averti de la dangerosité de ce site » pendant la campagne des municipales et a évoqué « le tribut payé aux choix des politiques ». Les sommets de l'État ont eu des réactions mesurées, mais leurs interrogations sont relayées de manière plus ou moins vigoureuse dans les deux camps politiques. Le président de la République Jacques Chirac s'est contenté de déclarer : « il faudra tirer toutes les leçons de ce drame ». Le premier ministre Lionel Jospin a parlé de « tirer un certain nombre de conséquences » de la catastrophe tout en faisant valoir qu'une usine comme celle d'Atofina n'était « pas une caravane qu'on déplace ». Au gouvernement, le secrétaire d'État à l'Industrie Christian Pierret (PS), a précisé : « Il faut avoir une réflexion sur la localisation de ce type de secteur ». Sans surprise, le ministre de l'Environnement Yves Cochet (Verts) est allé bien plus loin. « Nous allons réfléchir pour que cette usine ne puisse pas être reconstruite sur le site », déclarait-il dès vendredi soir. « Est-ce qu'il faudra d'ailleurs la reconstruire, est-ce qu'on n'a pas suffisamment d'usines d'engrais en France ? », a-t-il renchéri hier. Proche de Jacques Chirac, Philippe Douste-Blazy, maire UDF de Toulouse, a demandé hier « qu'après ce type de drame, on puisse mettre ce type d'usine en dehors des agglomérations ». « C'est vraiment aujourd'hui un problème d'État, qu'il soit de droite, de centre ou de gauche », a-t-il encore indiqué, « c'est un problème de responsabilité politique ». Ce nouveau consensus devrait mettre du baume au coeur des Verts de Haute-Garonne qui dénonçaient encore vendredi l'« a priori que l'usine ne peut pas déménager ». « La question essentielle de savoir si oui ou non il est acceptable d'avoir ce site à cet endroit, en dessous de la trajectoire des avions atterrissant à l'aéroport de Toulouse-Blagnac, n'a jamais été prise avec le minimum de sérieux », déplorait leur porte-parole Dominique Liot.
Les Toulousains ont commencé dès hier à réparer les dégâts occasionnés par l'explosion de la veille. Quelque 500 logements ont été détruits.
AFP











