Deux jeunes Colmariens exposent pour la première fois une dizaine de planches de la bande dessinée qu'ils peaufinent depuis trois ans : les aventures d'un trio de gentils loosers. Entre drague, portables, pitbulls…
COMME les Pieds Nickelés, ils sont trois : Fabe, Burton et Momo, alias Les trois Tebès (« Tebès », c'est « bêtes » en verlan), 16 ans chacun. Ils sont les (anti-) héros de la bande dessinée créée par deux jeunes Colmariens, Mourad Boussaïd, 19 ans, le scénariste, et Stéphane Lozza, 18 ans, le dessinateur. À partir de lundi, le public pourra découvrir quelques-unes de leurs aventures au Bureau d'information jeunesse de Colmar. Une première : les deux « papas » du trio n'avaient encore jamais eu l'occasion d'exposer leurs oeuvres. « J'aime le dessin et j'ai toujours voulu en faire un métier », explique Stéphane, qui, en attendant, fait différents boulots en intérim. « Moi, c'est inné, déjà tout petit, j'adorais raconter des histoires. On se connaît depuis très longtemps, alors on s'est dit qu'on pourrait conjuguer nos talents », enchaîne Mourad, élève de terminale littéraire à Blaise-Pascal.
Vive le téléphone arabe !
Et voilà comment sont nés Les trois Tebès, des planches — une quinzaine sont prêtes pour l'heure — que le scénariste et le dessinateur peaufinent depuis près de trois ans. « On a travaillé sur la personnalité des personnages puis on s'est attaché à les faire vivre. On a d'abord travaillé en noir et blanc, puis en couleurs. Comme le montre la planche décomposée qu'on présente, on élabore d'abord un petit scénario, je fais le dessin au crayon, à l'encre, puis je colore au pinceau. On a fait et refait ces planches plein de fois, on a abandonné celles qui nous semblaient plus faibles », détaille Stéphane. Résultat des courses : un travail abouti, trois héros qui ont de vraies gueules, un parler-jeune (« Des fois un peu hard, mais on voulait qu'ils soient proches des jeunes, on s'est démarqué d'autres bédés ») et des aventures souvent piquantes, sur des thèmes intemporels (comme la drague !) ou en prise avec l'air du temps (pitbull, par exemple, ou Le phone portable, une planche qui se conclut comme ça : « Ce qui se fait de mieux à notre époque c'est le téléphone arabe ! »).
Au j'aime- j'aime pas…
Sur l'un des panneaux, Stéphane et Mourad ont même pensé à situer le profil psychologique de leurs trois créatures de choc sous la forme d'un petit j'aime-j'aime pas. Fabe, il aime : ses potes, le MacDo, la glande ou encore le rouge ; il déteste l'avion, la France aux Français, la haine. Burton, il aime : le sea, sex, sun and smoke ou le reggae ; il peut pas piffer : les coincés, se faire chier, les maths, quand Momo frime… Momo, justement, il aime : délirer, être le boss, le rap, le foot, les meufs, l'argent ; il déteste : se prendre la tête, réfléchir, le froid (listes non exhaustives). Et, les auteurs, si on jouait à j'aime-j'aime pas ? Mourad : « J'aime écrire des scénarios, m'ouvrir au monde, apprendre plein de choses, sortir, les potes, les copines, la musique… Un peu comme tous les jeunes. Je déteste l'intolérance, l'injustice, les discriminations raciales ». Stéphane : « J'aime évidemment le dessin, m'amuser, rester calme… Je déteste me prendre la tête pour n'importe quoi ». Dans la colonne j'aime (rais), le duo ajouterait volontiers : trouver des partenaires pour leur donner un coup de pouce ou, encore mieux, un éditeur pour Les trois Tebès. « On a déjà montré nos planches à un imprimeur, ça l'a bien fait rigoler », glissent Stéphane et Mourad. Après le bureau information jeunesse, les créateurs de Fabe, Momo et Burton présenteront leurs planches au salon du livre de Colmar. Ils tenteront aussi de faire leur trou lors de salons de la bande dessinée.
Y ALLER Une dizaine de planches de la bédé sont à découvrir au Bureau d'information jeunesse de Colmar, 4, rue Rapp, de ce lundi 24 septembre jusqu'au 5 octobre. Ouverture du lundi au vendredi de 13 h 30 à 18 h 30. Entrée libre.
Mourad Boussaïd, le scénariste (à gauche), et Stéphane Lozza, le dessinateur : les deux « papas » des aventures de Fabe, Momo et Burton.
Hervé Kielwasser











