Voilà plus d'un an que les responsables FDSEA des cantons de Sierentz et de Habsheim planchent sur des mesures pour freiner le lessivage des sols.
ÉCORNER l'image d'Épinal du travail paisible du laboureur dans ses champs… « Ce n'est pas évident ! », reconnaît François Tischmacher de Landser. Et pourtant, le président de la FDSEA des cantons de Sierentz et Habsheim (et vice-président départemental des céréaliers) aimerait bien voir les agriculteurs relever un peu les bisocs ou trisocs de leurs charrues. Du moins sur les sols sensibles à l'érosion. Dans son village malheureusement, aux rues et habitations noyées le 24 mai dernier sous un violent orage et une coulée de boue, on connaît bien désormais les conséquences catastrophiques d'un pareil phénomène. Principal accusé : le maïs cultivé sur les bassins versants. « Voilà plus d'un an et demi pourtant qu'avec mes collègues du conseil cantonal, on planche sur des solutions à ce problème. »
Notre capital qui s'en va
Des mesures existent déjà. Inscrites noir sur blanc dans les contrats territoriaux d'exploitation en vigueur. L'une des meilleures déjà serait celle dite du « travail du sol simplifié ». « En fait, il faut savoir que c'est plus… compliqué. Mais on doit se dire d'abord que la terre est notre capital et que l'on n'a, par conséquent, pas intérêt de la voir se réduire en qualité par l'érosion. » La technique consiste à ne plus faire de labour dans les endroits sensibles. « Techniquement, c'est possible mais pas forcément plus souple. Ainsi, en laissant au sol les cannes de maïs, on court le risque de voir se développer des ennemis de la culture comme les limaces qu'il convient de traiter par après. Il y a donc un suivi technique. Et pas obligatoirement un meilleur rendement. Mais on est mieux armé face au phénomène de l'érosion en n'abandonnant déjà pas un sol nu aux orages de printemps. Il n'est pas question de généraliser la méthode mais au moins de l'appliquer sur les terrains à risque. » François Tischmacher aimerait déjà sensibiliser les agriculteurs et vulgariser cette technique qui bénéficie d'une aide de 470 francs à l'hectare. Sans compter les subventions d'équipement pouvant atteindre jusqu'à 100 000 francs sur cinq ans (durée du contrat territorial d'exploitation). Autres mesures environnementales existantes et visant aussi à la qualité de l'eau, la création de bandes « enherbées » au milieu et au bas des pentes. L'aide, là, est fixée à 2459 francs par an à l'hectare. Mais François Tischmacher reconnaît la difficulté à la faire adopter. « C'est une mesure qui choque l'agriculteur. Et ce n'est pas évident de le convaincre de couper une belle parcelle. »
Un catalogue de propositions
Sensibiliser donc les exploitants aux dispositions en place, mais aussi en développer de nouvelles. Dans les deux cantons de Sierentz et de Habsheim, on se veut un peu les pionniers dans cette lutte contre l'érosion. « Car il faut savoir que dans notre secteur, 75 % des sols cultivés le sont en maïs, une culture encouragée au niveau des primes, mais une réalité due aussi au climat et à la pluriactivité des agriculteurs. 70 % d'entre eux exercent une autre profession, à l'EuroAirport ou dans la chimie bâloise principalement. Et la culture du maïs est moins contraignante. Nous avons donc à faire face à un problème spécifique à notre région. » D'où le souhait de compléter les mesures des contrats en vigueur de nouvelles dispositions. Dans le catalogue des mesures environnementales élaboré par les responsables cantonaux, on trouve notamment des propositions d'aide pour l'implantation de cultures intermédiaires « type moutarde qui auraient pour double effet un travail du sol et le pompage des nitrates », le développement de la couverture végétale au printemps « en rééquilibrant les primes en faveur du blé », le travail du sol et les semis en perpendiculaire à la pente, l'aménagement du système hydraulique pour limiter les coulées… « Si notre démarche a bien été approuvée par le préfet, pour le moment, ce ne sont là que des propositions. Certaines se sont même déjà heurtées à un mur, comme le rééquilibrage des primes en faveur du blé. Dans cet ordre d'idée, je regrette aussi que la prime pour le colza – que nous utilisions comme culture de roulement- soit ramenée aujourd'hui au niveau de celle du blé. Le colza améliorait pourtant le sol en humus. » Toutes ces propositions, en discussion actuellement au niveau départemental, sont donc encore loin d'être enracinées dans un contrat territorial d'exploitation. « Elles devront obtenir le feu vert au niveau régional, national et être en phase encore au niveau européen dont proviennent les fonds des CTE. » François Tischmacher, qui a actionné les élus locaux pour pousser ses propositions, a du mal à comprendre ces difficultés. L'érosion, un phénomène qui use aussi les énergies. « D'un côté, à chaque événement dû à de forts ruissellements, on nous montre du doigt et on trouve anormal que nous ne faisions pas d'efforts dans cette région. Et d'un autre, voilà un an et demi que l'on planche sur le problème avec des propositions pas vraiment soutenues. »
Des chercheurs ont visité hier matin la ferme expérimentale de Jean-Paul Schneider à Geispitzen.
Eugène Groellin











