Avait-on affaire, jeudi et vendredi au tribunal de Montbéliard, à des mafieux passibles de huit ou dix ans de prison ou à des marginaux s'adonnant à des petits trafics de « H » ? Les juges se sont donné une semaine de réflexion avant de répondre.
LES PRÉVENUS sont revenus à la barre vendredi matin. La veille, le tribunal correctionnel de Montbéliard, présidé par M. Pollet, avait procédé au rappel des faits qui valaient aux sept jeunes impliqués dans le trafic de « H » mis à jour le 27 janvier 2000 à Grand-Charmont de comparaître devant la justice (notre édition d'hier). Les 150 kilos saisis ce soir-là par les gendarmes cachaient en fait 250 autres kilos et une somme de 410 000 F dissimulés dans un garage voisin que les trafiquants étaient venus récupérer le lendemain. « Nous ne sommes pas dans une simple histoire de "fumette" et nous avons affaire à des mafieux, à des trafiquants de haut vol, assura M. Cousinard au nom du ministère public. Il y a la loi, mais la loi, on s'en fiche. On est venu nous dire qu'il est idiot de travailler chez Peugeot pour 7 000 à 8 000 F par mois alors que le trafic de haschisch rapporte bien plus et est bien moins fatiguant ». En estimant à une tonne la quantité de résine de cannabis livrée dans le pays de Montbéliard entre octobre 1999 et la fin janvier 2000, en comparant par ailleurs le prix au kilo payé au grossiste parisien (5 300 F) et celui de revente au public (13 000 F), le procureur de la République évoqua les plus-values « colossales » réalisées en quelques mois par les jeunes dealers. M. Cousinard en venait à l'« heure des comptes » en requérant 10 ans de prison ferme pour Nordine, de Valentigney, « la pierre angulaire de cette affaire » ; 8 ans de la même peine pour Boualem et le trio belfortain formé par Mohamed, Kamel et Stéphane ; 30 mois dont 12 assortis du sursis pour Hilale, interpellé lors de la livraison du 27 janvier 2000 et 2 ans avec sursis pour Dejan, simplement convaincu de blanchiment de fonds.
L'ombre de… « J.P.C. »
Me Dreyfus-Schmidt, qui avait la tâche la plus facile parmi les avocats présents hier à Montbéliard -il défendait le dernier nommé- se lançait le premier dans le débat. « Huit ou dix ans de prison pour un produit qui n'a jamais tué personne, qui est utilisé par sept millions de nos concitoyens, c'est beaucoup, s'insurgea-t-il. Que ferez-vous lorsque vous aurez à traiter de drogues dangereuses ? » Et l'avocat belfortain d'évoquer les Eurockéennes. « Le site a été aménagé par notre ancien ministre de l'intérieur qui n'a rien d'un gauchiste, ironisa-t-il. On pouvait y voir les affiches de trois sponsors : le conseil général, une marque de bière et un fabriquant de papier à cigarette. L'alcool fait 60 000 morts par an en France. Quant aux feuilles à rouler, ce n'était pas pour nos anciens de Giromagny… » Me Pascaud, du barreau de Dijon, prenait le relais au nom de Stéphane. « Ici, c'est le prix de gros. On est en cour d'assises ! » Le train de vie de son client, ses belles voitures de sport ? « Ce n'est qu'un voleur, il faisait le trafic de téléphone portable.
Abracabrantesque !
On ramasse plus facilement 25 000 F par mois avec ces appareils-là qu'avec du chichon », expliqua-t-il en demandant la relaxe.
Pour Me Darey, son client, Kamel, n'était qu'un subalterne, « un instrument entre les mains des têtes pensantes ». Quand aux amendes réclamées par l'administration des Douanes (9 millions de francs à répartir entre six des prévenus), il les jugea d'un seul mot : «« Le procureur de la République s'est emballé, s'est lâché, estima pour sa part Me Maître au nom de Boualem. Huit ans, c'est un peu beaucoup… » Abracabrantesque ».
Me Gonnin, qui plaidait lui aussi la relaxe, émettait un avis identique. « Hilale n'était qu'une mule, dans cette affaire, c'est-à-dire celui qui achemine la marchandise. Huit ans, cela veut dire quoi ? » Le mot de la fin revenait à Nordine, le personnage principal de l'affaire, contre qui la peine la plus lourde a été requise. Il assurait lui même sa défense. « C'est normal que je paye, exprima-t-il simplement à la barre. Mais que ce soit juste ». Les juges se sont donné le temps de la réflexion. Verdict le vendredi 28 septembre à 9 h.











