Les taliban au pouvoir en Afghanistan ont opposé une fin de non-recevoir à l'ultimatum lancé jeudi soir par le président Bush, leur enjoignant de livrer Ben Laden. Washington parle désormais de renverser le régime en place à Kaboul.
LA PERSPECTIVE de frappes militaires américaines contre l'Afghanistan se profilait hier, les taliban ayant une nouvelle fois rejeté l'ultimatum « non négociable » des États-Unis de leur remettre Oussama ben Laden. « Livrez-nous immédiatement Oussama ben Laden et les autres responsables de son organisation Al Qaida ou vous subirez le même sort », avait solennellement averti jeudi soir George W. Bush. Le ton martial du président des États-Unis, relayé par l'appel du Pakistan, qui jusqu'à récemment soutenait les taliban, à prendre une « décision rapide » à l'égard du milliardaire d'origine saoudienne n'ont pas fait fléchir le régime de Kaboul. Les taliban ont réaffirmé hier, par la voix de leur ambassadeur au Pakistan Abdul Salam Zaeef, qu'il n'y avait « pas de changement dans (leur) position sur Oussama » et que « le remettre à l'Amérique ou le bouter hors du pays est une insulte à l'islam et à la charia (loi islamique) ». M. Zaeef a par ailleurs souligné que l'édit des oulémas (érudits) afghans invitant ben Laden à quitter le pays de son plein gré n'était en rien un ordre, mais « une suggestion ».
« Guerre contre la terreur »
Alors que les taliban ont demandé aux Nations unies de suspendre toutes leurs communications entre Kaboul et le monde extérieur, la Maison Blanche a réaffirmé dans la journée sa volonté de renverser ce régime s'il continuait à soutenir le terrorisme. Mais selon le quotidien pakistanais News d'hier, ben Laden aurait déjà quitté l'Afghanistan. Alors que les organisations humanitaires s'attendent à un afflux massif de réfugiés — un million au Pakistan, jusqu'à 300 000 en Iran — les États-Unis ont poursuivi hier le redéploiement de leurs forces armées. « Tenez-vous prêts », a lancé M. Bush en direction des militaires américains. Après le porte-avions Theodore Roosevelt (15 000 hommes), qui a appareillé mercredi de Virginie pour rejoindre la Méditerranée, voire le Golfe, un autre porte-avions, l'USS Kitty Hawk, a quitté hier matin sa base de Yokosuka (Japon). M. Bush, qui va désormais soutenir l'opposition afghane dans le nord, a souligné que la « guerre contre la terreur » ne s'arrêterait pas avec la destruction du réseau Al Qaida. Il faut s'attendre non pas « à une seule bataille, mais à une longue campagne sans précédent », la riposte américaine pouvant « comprendre des frappes spectaculaires, diffusées à la télévision, et des opérations secrètes », a-t-il affirmé. Peu de gouvernements avaient officiellement réagi hier à l'appel du président Bush à choisir leur camp : « Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes avec les terroristes ». Les dirigeants de plusieurs pays musulmans de la région, tout en se rangeant derrière l'appel américain à une coalition contre le terrorisme, doivent faire face à un fort sentiment anti-américain au sein de leur population.
Bilan alourdi à New York
Le Pakistan, qui pourrait voir ses sanctions imposées par les États-Unis levées et sa dette rééchelonnée, a ainsi connu hier de violentes manifestations par des islamistes extrémistes (lire ci-dessous). Des manifestations anti-américaines ont également eu lieu au Bangladesh et en Indonésie. La Syrie, l'Iran et la Turquie se sont déclarés opposés à une action trop hâtive des États-Unis. Alors qu'Israël a mis son espace aérien à la disposition des Américains, la Ligue arabe a déclaré que ses membres ne participeraient pas à une coalition contre le terrorisme si elle incluait l'État hébreu. A New York, le bilan des victimes s'est encore alourdi avec l'annonce de 911 nouveaux disparus dans la destruction des tours jumelles du World Trade Center, portant le total des morts ou disparus à 6807. L'enquête a progressé avec l'arrestation par le FBI de deux personnes soupçonnées d'avoir aidé les pirates de l'air, ainsi que l'interpellation en France de sept personnes de la mouvance islamiste.
LIRE en page Finances le point sur les inquiétudes à Wall Street
George W. Bush, jeudi soir devant le Congrès : « Notre guerre contre la terreur c…s ne se terminera que lorsque chaque groupe terroriste c…s aura été repéré, arrêté et vaincu ».
AFP











