Ce samedi 22 septembre, Kryptonix fête la sortie de son deuxième album au Palot Palot. L'unique groupe montbéliardais à s'être lancé à la conquête de l'Europe depuis neuf ans.
IL EST ENVIRON 20 heures mercredi lorsque Joe arrive au Pinky Bar de Nommay. Le chanteur des Kryptonix est tendu comme un élastique. Pas franchement angoissé, mais simplement nerveux. Son agressivité, il s'apprête à la vider sur la petite scène d'un Pinky convenablement rempli pour un mercredi. Tatouage sur l'épaule, Romu empoigne fièrement sa contrebasse, superbe objet emblématique du bon vieux rock'n'roll et de la famille psychobilly. Ceinture cartouchière à la taille, JP tricote sa guitare fiévreusement, dans la droite inspiration de son maître Brian Setzer. Pour son set de batterie, Seb a choisi une installation surbaissée, sans doute pour mieux appuyer les accélérations de ses complices. Quant à Joe, il chante avec l'accent teigneux, faisant valser les références à de mythiques héros de science-fiction : Vampirella, Freddy Krueger, l'alien extraterrestre ou autres esprits malins. Il cite Stephen King avant de lancer « Marche ou crève », texte contre la peine de mort. Entre punk violent et rockabilly agité, les Kryptonix tirent un trait d'union permanent. Déjà neuf ans d'existence pour le groupe de Montbéliard et près de trois cents concerts effectués dans toute l'Europe, de l'Espagne à l'Angleterre. Ils ont ouvert pour les Meteors ou Screamin Lord Surch et même joué devant 2 000 personnes à Munich. « Ca donne une impression terrible, confie Seb. Lorsqu'on est devant tout ce monde, on a vraiment envie d'y aller, de montrer qu'on existe, que notre musique peut plaire ».
C'est l'esprit d'équipe
Quatre ans après « L'appel du sang », leur premier album, Kryptonix sort une seconde galette : « Les comtes de la Krypt », toujours sur le label allemand Crazy Love Records. L'objet CD est déjà épatant, mais en plus, une version vinyle en « picture disc » est disponible comme au bon vieux temps. Le public psycho reste attaché à certaines valeurs comme celle du 33 tours et les Krypto ne sont pas peu fiers de ce coup là. Méconnus sur leur propre territoire, ils peuvent pourtant compter un noyau de fans fidèles. Lorsqu'ils ont débuté en 92, Romu et JP avaient à peine 15 ans. Seb en affichait déjà 20. Ils se demandaient alors si leur aventure commune tiendrait la route longtemps. « Tous les groupes qu'on aimait bien enregistraient un disque puis se séparaient. C'était assez frustrant et inquiétant pour nous », se dit JP avec le recul. Mais Kryptonix a duré contre vents et marées, se ressourçant loin de ses bases, au contact de publics différents et gagnant toujours plus de maturité au fil du temps. « C'est l'esprit d'équipe qui fait qu'on est toujours ensemble », affirme Romu. JP lui, ne se voit pas reprendre autre chose à zéro. « On se connaît par coeur, dit-il. Il suffit qu'on se regarde pour partir en impro. CCa ne s'explique pas ». Paradoxalement, c'est aussi parce qu'ils ont choisi un style de musique marginal, que les Krypto se sont fait un nom. « Il y a peu de groupes et tout le monde se connaît dans la famille psycho, raconte J.-P. Pour nous, tout a changé lors d'un festival de Nouvel An à Rennes en 1993. De là, on a eu plein de contacts. On s'est fait repérer sur des compilations et ça a commencé à bouger ». Les petits frenchies ont gagné le respect du public psycho, bien qu'ils ne tiennent pas coûte que coûte à l'appellation. Leurs goûts individuels vont du rock classique à celui plus dur des Ramones ou Motörhead en passant par le rap à la NTM. Pour eux-mêmes, Romu préfère l'étiquette de rock sauvage. Voilà qui résume tout.
Il est plus facile pour nous de jouer hors de France
Dans le civil, les quatre tatoués redeviennent des salariés travaillant en usine, dans le commerce ou même en maison de retraite. Impossible de ne vivre que de la musique. Ils y pensent pourtant, se disant qu'avec un bon management, ils pourraient passer professionnels même dans un créneau underground. « C'est un choix à faire, confesse J.-P. Aujourd'hui, on prépare déjà le troisième album, et un festival en Allemagne. On aimerait aussi tourner en Europe de l'Est et aux USA. Le fait de chanter en français n'a jamais été un handicap pour nous à l'étranger. Au contraire, on a lu d'excellentes critiques sur des sites internet anglais. Il est plus facile pour nous de jouer hors de France. Le problème est qu'on assimile souvent la scène "psycho" aux fachos. On peut toujours chercher une seule allusion dans nos textes, il n'y en a pas. On a même un titre écolo. L'engagement politique ne nous concerne pas. Le psycho, c'est plus une vision délirante de la vie qu'une philosophie. On essaie de ne pas se prendre au sérieux ». Leurs disques étant peu ou mal distribués en France, les Kryptonix doivent se dire que l'adage a décidément raison : nul n'est prophète en son pays… Toutefois, ils ont leur satisfaction : « On voulait marquer quelque chose, que ce soit gravé », se réjouit Seb en brandissant leurs albums. « On y a passé beaucoup de temps, on a donné beaucoup d'énergie, poursuit J.-P. Mais c'est super. On a vécu des tas d'expérience déjà, on a vu tant de gens différents. On le paiera peut-être plus tard, mais tant pis. Ca vaut le coup ». Ce soir samedi, Kryptonix présente officiellement son dernier album. Ils comptent mettre le Palot en ébullition, avant de remettre la gomme ailleurs.
Y ALLER Kryptonix en concert ce samedi 22 septembre à 22 heures au Palot Palot à Montbéliard. Entrée : 40 F. Album "Les comtes de la Krypt" disponible par correspondance : 11, rue Blériot, 25 200, Montbéliard ou sur internet : www.crazyloverecords.com
Kryptonix, neuf ans d'existence et une maturité confirmée à l'échelle européenne.
Thierry Boillot











