Des groupes navals, aériens et terrestres ont été mis en mouvement hier par le Pentagone en direction de l'Asie occidentale. Toutes les déclarations américaines concordent pour annoncer une longue campagne antiterroriste.
PRÉSENTÉE comme une « campagne de longue haleine », l'opération militaire en réponse aux attentats du 11 septembre aux États-Unis, a été concrètement mise en mouvement hier, avec un redéploiement de forces « en tous genres », annoncé par le Pentagone. Selon la chaîne de télévision CNN, l'opération serait baptisée « Infinite Justice » (Justice sans limite), mais le quotidien britannique The Times a fait état de l'appellation « Operation Noble Eagle » (opération Aigle Noble) qu'Américains et Britanniques auraient donné à « la guerre longue de dix ans » qu'ils auraient « planifié » contre le terrorisme. Par recoupements, il apparaît que, hier : - un groupe aéronaval autour du porte-avions à propulsion nucléaire « Theodore Roosevelt » a commencé à appareiller de Norfolk (Virginie). Ce groupe compte 15 000 hommes et 80 avions. Deux autres porte-avions géants, « Enterprise » et « Carl Vinson », avec toute leur escorte, sont déjà en mission dans l'océan Indien et attendent le renfort de plusieurs autres bâtiments américains qui ont quitté le Japon ; -un contigent de 2200 membres des Marines, l'infanterie de marine américaine, entraînés pour des missions spéciales, a quitté la Caroline du Nord pour la région du Golfe arabo-persique ; -au moins une centaine d'avions de l'US Air Force sont partis en direction du Golfe. Il s'agit d'avions de combat F-15 et F-16, de bombardiers lourds B-1 (conçus pour pénétrer à basse altitude et lancer des bombes guidées par satellites) et B-52, de ravitailleurs en vol et de radars volants AWACS ; -des unités de l'armée de terre ont reçu l'ordre de se déployer, a annoncé le secrétaire à l'US Army, Thomas White.
Nous sommes prêts à mener des combats sur le terrain
M. White n'a cité aucun chiffre. Il a expliqué que « nous sommes prêts à mener des combats sur le terrain (…) que ce soient nos forces spéciales, nos forces aériennes ou de combat, nos forces lourdes ou légères ». Comme un journaliste lui demandait si l'armée américaine avait tiré l'enseignement de la catastrophique guerre d'Afghanistan conduite par les Soviétiques entre 1979 et 1989, M. White a assuré : « Je l'espère bien. Nous avons étudié tout cela ». Mais les lieux de positionnement de ces forces ainsi que les cibles potentielles restaient entourés, hier, de la plus grande discrétion. « Il y a des mouvements et nous en verrons d'autres », a sobrement indiqué le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz. Il a confirmé les consignes de silence de l'administration sur ses ripostes dans la « guerre » multiforme (opérations pouvant aller de bombardements aux tirs de missiles de croisière et jusqu'à l'intervention de commandos) contre les réseaux terroristes. Outre les forces déplacées, les États-Unis ont environ 20 000 hommes dans la région, dont la moitié embarqués sur des navires de l'US Navy. Depuis la guerre du Golfe, en 1991, quelque 175 avions y sont stationnés et assez de tanks et de pièces d'artillerie pour former rapidement une brigade terrestre. Le président George W. Bush devait intervenir, la nuit dernière, à 3 h du matin (heure française), devant le Congrès, pour expliquer aux parlementaires la nécessité d'une campagne prolongée. Parallèlement, Washington mène une intense campagne diplomatique pour, d'une part, obtenir du Pakistan qu'il lui livre l'islamiste Oussama Ben Laden et, d'autre part, rallier un maximum de pays à son action.
Un pilote du porte-avions « Theodore Roosevelt » (à l'arrière-plan) prend congé de son épouse. C'était mercredi soir à Norfolk, en Virginie.
AFP











