Boeing comme Airbus enregistrent de sérieux trous d'air depuis le 11 septembre. Les attaques terroristes ont fragilisé un marché déjà en proie au doute.
FACE à la crise, les dirigeants de Boeing ont décidé de tailler dans le vif. Ils ont annoncé que l'entreprise supprimerait entre 20 000 et 30 000 emplois d'ici à la fin 2002. Les suppressions toucheront le secteur civil qui encaisse les chocs du terrorisme après les mauvaises nouvelles économiques. Le secteur militaire n'est pas concerné pour l'instant. Le groupe de Seattle a dévoilé de sombres perspectives dans la nuit de mardi à mercredi. Rien que pour l'année en cours, Boeing livrera 38 appareils en dessous de ses prévisions. Avant le mardi noir de la semaine dernière, les carnets de commande dépassaient les 500 unités. Et les dirigeants de la société espèrent bien qu'il ne tomberont pas en-dessous de cette barre symbolique. Pour l'an prochain, les perspectives sont encore plus sombres: les prévisions ont été ramenées à un peu plus de 400 avions contre quelque 530 appareils en commande avant le choc terroriste et personne ne se fait d'illusions: le cru 2003 ne sera pas meilleur. Dès lors le gros train de licenciements était inéluctable à en croire les patrons de la firme aéronautique. «Il est vital que nous prenions ces mesures dès à présent pour réajuster à la baisse notre production d'avions commerciaux en fonction des difficultés et des incertitudes auxquelles sont confrontés les transporteurs aériens, nos clients (...) après les attentats la semaine dernière contre les Etats-Unis», a expliqué Alan Mulally, le patron de la division des avions commerciaux de Boeing. Tout comme son concurrent américain, EADS, qui détient 80% des parts d'Airbus, s'apprête déjà à vivre des heures délicates. On en saura plus aujourd'hui quand les dirigeants du groupe dévoileront les résultats semestriels de leur entreprise. Si les comptes du premier semestre doivent afficher un bénéfice appréciable, en revanche le ciel du futur est lourdement chargé. Dès hier, Lufthansa a annoncé qu'elle repousse sa commande de très gros porteurs A380 à des jours meilleurs. Fragilisée par les problèmes rencontrés depuis le 11 septembre, la compagnie allemande repousse aussi une commande de 8 Boeing 747-400.
L'Etat américain appelé au secours
Pour EADS la bataille financière a commencé dans les heures qui ont suivi les attaques de Ben Laden. Le cours de l'action est très chahuté depuis le 11 septembre. Il a perdu quelque 19% en une semaine. Les perspectives du transport aérien sont globalement inquiétantes à court terme. Les compagnies aériennes sont loin d'avoir retrouvé leur niveau d'activité d'avant l'attaque sur New York et Washington. Elles ne réaliseraient que 40% de leur revenu d'avant cette date. Pis: les mesures de sécurité actuellement en vigueur entraîne de tels retards que le trafic aérien risque d'être réduit pour cette simple raison. Si l'on y ajoute la désaffection d'une partie de la clientèle pour des destinations touristiques, les prévisionnistes ont de quoi s'inquiéter. Selon les Américains, la réduction de l'offre des vols pourrait être de 20%. Depuis quelques jours on sait aussi que les compagnies américaines ont commencé à tailler dans leurs effectifs. Continental Airlines et USAirways ont annoncé 23 000 licenciements. United Airlines supprimerait 20 000 postes. Hier TWA reprise voici quelques temps par American Airlines a annoncé la suppression de sa liaison vers le Caire et le licenciement d'une centaine de salariés égyptiens. Seul l'Etat appelé au secours sera à même d'alléger les souffrances de l'aviation américaine qui se chiffreraient à sept milliards de dollars pour l'ensemble de l'année 2001.
Drapeau et moral en berne chez Boeing.
AFP











