Oussamah Ben Laden, solidement accroché en tête du hit-parade de l'horreur du XXIe siècle débutant, demeure un inconnu du grand public et une énigme pour bien des services secrets. Hormis quelques photos, des séquences filmées et de rares déclarations le milliardaire saoudien a parfaitement su bâtir son personnage de l'ombre. Une personnalité suffisamment trouble qui lui permet de peser sur l'imaginaire de millions de jeunes déshérités et fanatisés du tiers monde. Le livre que lui consacre Roland Jacquard a le mérite d'éclairer cette inquiétante personnalité et de revenir sur ses menaces, ses actions et les réseaux qu'il dirige ou qui s'inspirent de sa doctrine. Dès le premier chapitre le lecteur est plongé dans l'univers inquiétant du terrorisme international. L'auteur décrit les efforts entrepris par les extrémistes pour se procurer non plus des armes conventionnelles, voire des avions transformés en bombes volantes, mais des moyens de destruction massive. Roland Jacquard revient ainsi sur les tentatives menées par un commando islamiste qui aurait longuement tourné autour d'un vieux réacteur nucléaire implanté à Sydney, la ville olympique. Le commando, composé de militants islamistes afghans installés en Australie, était inféodé à Ben Laden. Les policiers australiens purent ainsi faire échec dès le mois de mars à une opération aux conséquences incalculables. Roland Jacquard écrit un peu plus loin que « Oussamah Ben Laden a été en mesure de se procurer des produits chimiques et des engins de lancement et de dispersion ». Cet arsenal, que l'on pourrait comparer à celui que Saddam Hussein programmait dans les années 80, est aussi le reflet de la situation qui prévaut depuis la chute du Mur de Berlin. Cerveaux de savants mercenaires et matières dangereuses ont été mis en vente sur le marché de l'horreur. Au plan humain, la « légion islamique », née dans les montagnes afghanes dès le début du conflit contre l'URSS, « n'est pas un mythe » rappelle l'auteur. Il révèle, parmi tant d'autres exemples, que « le consulat du Pakistan à Alger a délivré 2800 visas à de jeunes Algériens partant combattre l'Armée rouge ». Avec d'autres jeunes gens venus d'Algérie, ils composèrent « la Brigade du Coran algérien ». Les pertes de cette unité furent lourde, mais « on peut estimer que 3000 afghans-algériens sont encore aujourd'hui en vie et sont devenus des anciens combattants aguerris ». Des combattants aux armes en passant par les circuits de fonctionnement du « système Ben Laden », cet ouvrage est l'un des meilleurs voyages au bout de l'enfer terroriste que l'on puisse lire en ce moment.
Au nom d'Oussamah Ben Laden. Editions Picollec. Prix 180 F











