Il a fallu un mois à Jany et Jocelyne Franot pour venir des Ardennes à Helfrantzkirch, où ils ont retrouvé leurs amis, Daniel et Heidi Rapp. Prochain objectif : Saint Jacques de Compostelle.
ILS ONT QUITTÉ le 17 août leur ferme de Thin le Moutier, du côté de Charleville, dans les Ardennes. Ils sont arrivés à Helfrantzkich, chez leurs amis Daniel et Heidi Rapp le 16 septembre. Un périple de 650 km en trente jours. Non pas en voiture, ni en vélo, ni à pied. Mais à cheval. Jany Franot a toujours été un amoureux du cheval. Retraité de la police, il exploite actuellement un élevage de trente chevaux, qu'il utilise pour organiser des promenades ou des randonnées équestres, et un troupeau d'une cinquantaine de chèvres laitières pour la fabrication de fromage. Jany est un grand sportif. Maître nageur, moniteur de tir, cavalier émérite, il avait été affecté pendant deux ans à l'Elysée, à la protection rapprochée du général de Gaulle. Il a terminé sa carrière au groupe d'intervention de la police nationale à Marseille. Il a rencontré les Rapp il y a trois ans, au salon du cheval à Colmar. En fait, ce ne sont pas les chevaux qui les ont rapprochés, mais… un chien. Les Franot avaient un berger blanc américano-canadien qui a plu aux Rapp. Ils ont commencé par parler chien, puis chevaux, et, de fil en aiguille, les deux couples se sont liés d'amitié. Jany et Jocelyne ont relevé le défi de venir, un jour, rendre visite à leurs amis, à cheval.
Sentiers encombrés
Ils sont donc partis par les chemins et les sentiers, à travers champs et forêts, Jany sur Vif, Jocelyne sur Fragonard, deux trotteurs de sept ans, emmenant une troisième monture, Nina, un cob normand, chargé de 70 kg de bagages : toiles de tentes, nourriture pour deux jours, pour les cavaliers et les chevaux (avoine). Sans oublier une montagne de cartes d'état major. « Il faut des cartes au 25 000e, dit Jany, pour avoir tous les chemins, tous les sentiers ». Ils ont surtout utilisé les GR, les sentiers de grande randonnée. Mais, par endroits, ces sentiers ne permettent pas le passage de chevaux. « Un homme peut passer, mais pas un cheval ». Le plus souvent, heureusement, les cavaliers étaient prévenus. Ils logeaient, autant que possible, dans les gîtes équestres, ou chez des cavaliers indépendants. « Dans les gîtes, il y a souvent des problèmes pour dîner ou prendre un petit-déjeuner ». Ils préféraient donc les cavaliers indépendants, où ils étaient toujours bien reçus. « Quand on partait de chez l'un d'eux, il nous donnait l'adresse d'un ami, à une trentaine de kilomètres, la distance que nous faisions chaque jour ». Ces cavaliers connaissent bien leur région. Ils leur indiquaient donc aussi les pièges à éviter.
À côté des poids lourds
Parmi ces pièges, les chemins forestiers encore encombrés par les arbres tombés lors de la tempête du 26 décembre 1999. Près de deux ans après, surtout dans la Meuse, ils ne sont toujours pas dégagés. Autre problème, surtout par temps chaud, ce qui était le cas au début, trouver de l'eau pour les chevaux. « Il n'y a plus de fontaine, et il n'y avait pas partout des rivières ». Alors, il fallait s'arrêter chez des particuliers pour demander un seau d'eau. « Nous avions des seaux en toile, pour faire boire les chevaux ». Il leur arrivait aussi de dormir à la belle étoile, sous leur tente, à côté d'un parking d'autoroute pour poids lourds, avec les chevaux dans un bout de pré, entouré par une clôture électrique. Ils ont aussi dormi carrément dans la paille, dans un gîte.
Objectif Saint-Jacques
Que reste-t-il de ces 650 km ? Beaucoup de bons souvenirs. « Nous avons rencontré tout le temps des gens sympathiques, qui nous ont aidés tant qu'ils ont pu. À mi-chemin, il leur a fallu referrer les chevaux. A Bain-les-Bains, ils ont eu de la chance. Le maréchal ferrant devait passer au relais où ils avaient passé la nuit. « On nous a fait passer par priorité, c'était vraiment sympa ». Jany et Jocelyne sont des habitués de la randonnée. Mais c'est la première fois qu'ils sont partis pour un périple d'un mois. Maintenant, ils ont envie de faire mieux. Prochain objectif : Saint-Jacques de Compostelle. Ce ne sera pas un mois, mais plusieurs qui seront nécessaires. « À condition que l'on trouve quelqu'un pour s'occuper de nos chèvres et de nos chevaux pendant ce temps ».
Jany et Jocelyne Franot sont hébergés avec leurs chevaux chez leurs amis, Daniel et Heidi Rapp, à Helfrantzkirch.
Jean-Marie Schreiber











