D'entrée de jeu, il y a ce bonheur magnifique de retrouver Michel Bouquet sur grand écran ! Pour constater d'emblée que le comédien, toujours présent au théâtre mais extrêmement rare au cinéma, possède toujours cet extraordinaire magnétisme qui lui permet, avec une formidable économie de moyens, de traduire, dans le rôle de Maurice, aussi bien des vertiges abyssaux que des sentiments simples… Ensuite, il convient de ne pas se méprendre sur le titre. Comment j'ai tué mon père n'est pas un thriller. C'est bien entendu sous l'angle freudien que la réalisatrice Anne Fontaine considère ce meurtre du père. Jean-Luc Borde (Charles Berling, presque « minéral ») est un médecin à qui tout réussit. Dans sa clinique privée de Versailles, ce gérontologue soigne des patients fortunés à qui il offre un « supplément » de jeunesse tout en constatant que « la vie est tout de même un fardeau ». La vie de Jean-Luc Borde va basculer lorsqu'il reçoit un courrier lui annonçant la mort d'un père parti depuis très longtemps quelque part en Afrique. Soudain reviennent en foule les souvenirs et les ressentiments. Mais voilà que Maurice, le père, apparaît au cours d'une soirée dans la demeure très bourgeoise des Borde. Projection mentale ou flash-back? En jouant d'une stylisation bienvenue, en s'appuyant aussi sur des dialogues ciselés comme sur des silences lourds, Anne Fontaine construit des retrouvailles père-fils dont elle privilégie moins les heurts que les zones d'ombre. Et les tensions s'augmentent encore lorsqu'entre en scène l'épouse du médecin (Natacha Régnier, parfaite en incarnation hitchcockienne) avec laquelle Maurice développe immédiatement une connivence… inquiétante pour ce Jean-Luc dont le récit découvre petit à petit les faiblesses et les lâchetés. La force de Comment j'ai tué mon père vient de sa subtile concentration. Dans ce jeu redoutable où chacun va devoir affronter ses angoisses et finalement s'interroger sur ce qu'il est devenu, la cinéaste a banni toute « surprise » extérieure. Il n'est, ici, question que de paternité et d'… amour.
« Comment j'ai tué mon père»: Charles Berling et Michel Bouquet.
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