Les taliban ont demandé hier aux Afghans de se préparer à la guerre en cas d'attaque américaine, alors que des dignitaires religieux semblaient exclure toute extradition d'Oussama ben Laden. Les combattants taliban ont, par ailleurs, lancé une importante offensive dans la province de Takhar (nord-est de l'Afghanistan) en vue apparemment de couper les approvisionnements de leurs opposants de l'Alliance du nord à partir du Tadjikistan. Les combats se poursuivaient hier, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'opposition du défunt commandant Ahmed Shah Massoud. De son côté, le Pakistan, dont une délégation de haut niveau a exercé de fortes pressions lundi et mardi sur les taliban à Kandahar et Kaboul, a déclaré n'avoir pas lancé d'ultimatum pour obtenir l'extradition de ben Laden.
Le Jihad en riposte à l'invasion
Alors que des informations non confirmées faisaient état de conditions éventuelles du camp taliban, son exécutif a maintenu un langage de fermeté dans ses déclarations. « Bien sûr, s'il y a une invasion d'un pays islamique, il y aura Jihad (guerre sainte) contre les envahisseurs », a déclaré un haut responsable taliban à l'AFP. « Après l'invasion, le Jihad sera la seule alternative et c'est une obligation pour les musulmans ». Des centaines d'érudits de l'Islam, venus de toutes les provinces d'Afghanistan pour discuter des « récents événements », ont commencé à se rassembler à Kaboul, mais le conclave, qui devait débuter hier, était reporté. Les dignitaires religieux, déjà arrivés à Kaboul, ne semblaient pas disposés au compromis à propos de ben Laden, « hôte » des taliban depuis cinq ans. « Même si tout l'Afghanistan est dévasté, nous ne le remettrons pas tant qu'il n'y aura pas de preuve solide contre lui », a affirmé le mollah Mohammad Hassan, représentant de la province de Paktika. Certaines sources pakistanaises proches des taliban ont laissé entendre que si ben Laden devait être jugé, le procès devrait se dérouler dans un pays neutre, si possible musulman, avec un tribunal composé notamment de juges musulmans. Mais ces informations n'ont pas, elles non plus, été confirmées. Un autre érudit présent pour le conclave de Kaboul, Mawlawi Abdul Zahir, du district de Bagram, a déclaré : « Nous sommes prêts à nous défendre si les Américains nous attaquent. Nous avons déjà donné une leçon à leurs grands-parents britanniques (du temps de la colonisation) et à leurs frères russes » (lors de l'invasion soviétique de l'Afghanistan). Hier soir, Radio Charia, la voix officielle des taliban, a annoncé que le couvre-feu en vigueur jusqu'à présent à Kaboul de 23h00 à 03h30 locales était étendu de 21h30 à 04h30 locales. Pendant ce temps, des milliers de personnes ont continué à fuir les grandes villes en direction de la province ou du Pakistan, de l'Iran et du Tadjikistan, par crainte de représailles américaines qui feraient obligatoirement des victimes civiles. L'exode, déjà manifeste lundi aux environs de Kandahar (sud-est), continuait depuis ce coeur politique des taliban, où résident en temps normal tant Oussama ben Laden que le mollah Omar, chef suprême des taliban. Plus de la moitié des 200 000 habitants de la ville serait déjà sur les routes.
L'armée pakistanaise en état d'alerte
Dans le nord-est, ravagé l'an dernier par la guerre civile, les combats se poursuivaient entre taliban et forces de l'opposition. Les taliban y ont lancé une offensive d'envergure, pour tenter de profiter d'une éventuelle démoralisation des opposants après la mort de leur chef charismatique, le commandant Ahmed Shah Massoud, enterré dimanche. A Genève, le Programme alimentaire mondial (PAM) a prévenu disposer seulement de deux à trois semaines de stocks en Afghanistan et craindre l'afflux d'un million et demi de nouveaux réfugiés dans les pays voisins. De son côté, un porte-parole du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés a indiqué que les taliban avaient mis en place des points de contrôle sur une route vers le Pakistan. Des barrages ont été établis sur la route qui va de Jalalabad (est de l'Afghanistan) vers le poste frontière de Torkham, proche de Peshawar, au Pakistan, où l'armée est en état d'alerte, sans qu'il y ait eu de mouvements de troupes. Plus de 5000 étudiants, de la mouvance islamiste radicale, ont défilé hier à Karachi, la capitale économique du Pakistan, située dans le sud, où ils ont été empêchés d'approcher du consulat américain. « A bas les Etats-Unis », « Afghanistan et Pakistan tombeaux de l'Amérique », « Nous sommes des Oussama, nous sommes des taliban » figuraient parmi les slogans scandés par la foule.
Des refugiés afghans arrivés au Pakistan, seul pays voisin de l'Afghanistan à ne pas avoir fermé ses frontières.
AFP











