Le terroriste le plus recherché de la planète manipule aussi bien les cours de la Bourse que la kalachnikov.
OUSSAMAH BEN LADEN a aussi voulu faire sauter les banques ! Depuis quelques jours, les « gendarmes » boursiers américains, comme leurs homologues européens, examinent à la loupe quelques étonnants mouvements boursiers qui auraient eu lieu les 10 et 11 septembre, soit la veille et le jour de l'opération terroriste menée contre New York et Washington. En 48 heures, Ben Laden aurait spéculé sur les titres bancaires et sur les actions de grandes compagnies d'assurances, deux domaines particulièrement fragilisés à la suite des attaques menées par les kamikazes. L'alerte financière a été donnée dès vendredi dernier par les autorités financières allemandes qui avaient déjà commencé à éplucher des mouvements financiers qui pouvaient paraître liés à des tentatives de déstabilisation. Elles ont contacté la Commission des opérations de bourse américaine (la SEC) pour lui signaler des « mouvements anormaux et suspects » qui auraient visé le premier réassureur mondial, Munich Re. Ce géant a perdu 22 % de sa valeur depuis le mois de juillet, dont 13 % au cours de la seule semaine du 3 au 10 septembre.
Ben Laden croit aussi au paradis… fiscal
Selon le quotidien La Tribune d'hier, « Ben Laden serait soupçonné d'avoir joué à la baisse sur une série d'actions, notamment de compagnies assurant les tours du World Trade Center ». Dès lundi, la SEC a confirmé qu'elle menait des investigations dans le monde économique. « Notre division chargée de l'application des règles boursières examine plusieurs mouvements sur les marchés qui pourraient être liés à ces actes horribles » a déclaré le président de l'organisme chargé de veiller au bon fonctionnement de la bourse américaine. Les Italiens et les Français sont, eux aussi, lancés sur la trace financière d'Oussamah ben Laden afin de déterminer s'il a bien utilisé l'arme de l'argent pour parachever son opération de déstabilisation des Etats-Unis et du système économique mondial. La Commission des opérations de bourse, le « gendarme français » du monde de la finance se montre extrêmement discrète mais elle aurait « renforcé sa surveillance des marchés ». Une action d'autant plus compréhensible que le groupe Axa aurait aussi fait l'objet d'attaques boursières avant le 11 septembre. Laurent Fabius, ministre français de l'Economie et des Finances a demandé quant à lui au Groupe d'action financière contre le blanchiment de se pencher sur les financements possibles du terroriste. Le GAFI dépend de l'OCDE, ce qui est aussi une manière d'impliquer les grandes nations dans cette lutte. L'Italie a elle aussi mobilisé ses limiers financiers, même si c'est le ministre italien de la Défense qui se montre le plus prolixe, en déclarant : « derrière la spéculation sur les marchés internationaux, il y a des États et des organisations terroristes ». Même s'il est prouvé que le milliardaire saoudien, qualifié par un expert financier de « client multicarte », des paradis fiscaux a spéculé sur l'horreur économique autant que sur l'effroi humain il ne sera pas facile de mettre la main sur sa fortune extrêmement diversifiée. Une des banques qu'il contrôlerait a son siège à Nassau, mais le site opérationnel de l'établissement Al Taqwa est installé à Lugano, plaque tournante en Europe de bien des activités bancaires douteuses. Mais d'autres établissements bancaires islamiques installés en Grande-Bretagne, en Suisse ou dans le monde arabe peuvent aussi drainer une partie des fonds indispensables aux activités de l'homme dont la tête vaut 5 millions de dollars aux yeux du FBI. S'ajoutent à ces circuits financiers traditionnels certaines organisations caritatives musulmanes qui ne seraient en réalité que des pompes à finances destinées à soutenir les moudjahidines et autres adeptes du « jihad ».
De nombreux trafics transitent par l'Afghanistan
Ben Laden serait aussi extrêmement impliqué dans les très nombreux trafics qui transitent par l'Afghanistan, à commencer par celui de l'opium, principale ressource économique du régime des taliban. Le pactole tiré directement du pavot est estimé par l'ONU à 91 millions de dollars. Mais les différentes étapes qui aboutissent à l'héroïne multiplient largement le prix de la matière première. Les liens tissés entre le terroriste et les dirigeants de Kaboul seraient donc aussi mafieux que religieux voire familiaux, ce qui expliquerait la complaisance dont bénéficie Ben Laden en Afghanistan. Le principal obstacle aux frappes financières réside dans la diversité des statuts financiers à travers la planète et à la volonté même des pays occidentaux de mettre de l'ordre dans ce bourbier. Preuve en est la lenteur avec laquelle progresse la signature et, surtout, la ratification de la convention internationale sur le terrorisme. Le rapport examiné par le Sénat français est à ce titre éloquent. Il rappelle que ce texte international vise à « la répression du financement du terrorisme ». Proposée par la France à la suite justement des attentats commis par les réseaux Ben Laden au Kenya et en Tanzanie contre les intérêts américains, elle n'avait été signée au 30 avril dernier que par 41 Etats dont 3 seulement l'ont ratifiée alors qu'il faudrait 22 ratifications pour la rendre opérationnelle. La Suisse et le Luxembourg se sont abstenus, jusqu'à présent, de la signer. Le Sénat français a adopté le projet de loi. Mais que feront les Américains ? Il leur faudra se livrer à des révisions déchirantes à en juger par cette déclaration de leur secrétaire au Trésor. Paul O'Neill, l'équivalent américain de Laurent Fabius a enterré à son tour un projet similaire qui court aux USA depuis vingt ans. Le ministre a déclaré qu'il était contre « tout effort visant à dicter à un pays l'organisation de son système fiscal ». Les paradis fiscaux et leurs hôtes inquiétants ont encore de beaux jours devant eux.
Les auteurs des attentats ont bien profité du système « capitaliste » en anticipant la chute des cours à la bourse.
AFP











