« Direction descente ! » : à Bercy, les ascenseurs qui raccompagnent les hôtes vers la sortie sont les seuls à donner de telles instructions. Pour le reste, on évite au ministère toute formule qui évoque un mouvement vers le bas. Le projet de loi de finances, le premier en euro, a donc été présenté hier dans une atmosphère étrange, car il s'agit de faire comme si… Comme si le gouvernement avait la durée devant lui, alors que l'exécution du budget 2002 reviendra pour une bonne partie à la nouvelle majorité issue des élections de l'année prochaine. Comme si la visibilité restait correcte, alors que le monde vient de découvrir que le fanatisme dispose d'une énorme capacité destructrice. « La tragédie terroriste du 11 septembre engendre des incertitudes nouvelles et génère évidemment des risques », reconnaît Laurent Fabius. Mais c'est pour mieux minimiser leur ampleur et maintenir ses prévisions. Aux alentours de 2,5 % — avec un éventuel "point bas" à 2,25 % — la croissance devrait même être légèrement supérieure à celle de 2001. Cette hypothèse, qui paraissait optimiste depuis des semaines, le semble davantage encore après les attentats de New York et Washington. Mais le grand argentier compte sur les six milliards d'euros qui sont distribués aux ménages, en septembre, à travers la prime pour l'emploi (PPE) et les allocations de rentrée scolaire, pour doper la consommation. Durant l'année électorale, les impôts continueront à baisser, surtout grâce au doublement de la PPE. Dans la perspective de la présidentielle, qui mettra la sécurité au coeur du débat, l'accent est mis sur l'augmentation des budgets de la police, de la gendarmerie et de la justice, qui sont parmi les principaux bénéficiaires des augmentations d'effectifs. Le déficit budgétaire sera de 30,45 milliards d'euros ce qui, à parler francs, permet de rester sous les 200 milliards de notre monnaie actuelle. Ce niveau a pu être préservé grâce à la ponction publique, exercée par l'État actionnaire sur EDF ou la Caisse des dépôts. Pour donner une allure fringante à la loi de finances, le ministère a utilisé toutes les ficelles, espérant que tiendra bon la corde qui soutient l'économie française, elle-même tributaire de la réaction des ménages et des entreprises. Malgré la tempête actuelle, l'activité peut tenir, si chacun fait comme Bercy. Si chacun fait comme si…











