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La Chine à l'OMC

L'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce devrait donner un coup de fouet à l'économie chinoise.

LA CHINE et ses partenaires commerciaux ont conclu lundi à Genève un accord formel ouvrant la voie à une entrée dans les mois prochains de Pékin dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pékin devrait devenir membre à part entière de l'OMC début 2002, trente jours après sa ratification des accords d'adhésion. L'entrée de la Chine, avec son immense marché de 1,2 milliard d'habitants et ses exportations de produits à bas prix, suscite appétits et craintes dans le monde entier. Elle va également contraindre la Chine à accélérer la réforme en profondeur de son système économique, au risque de déstabiliser de larges pans de son industrie et de son agriculture. « L'agriculture, la banque, les assurances, la métallurgie et l'industrie automobile vont traverser des périodes difficiles et souffrir parce qu'elles ne pourront plus se dissimuler derrière des barrières tarifaires ou non tarifaires », estime Chi Lo, un économiste auprès de la Standard Chartered Bank de Hong Kong. « Les firmes cotées en bourse feront l'objet d'une compétition accrue de la part de concurrents chinois, mais également de concurrents étrangers », ajoute Ma Jian, un analyste auprès de la société China Eagle Securities. La prudence des analystes contraste singulièrement avec le cri de victoire des autorités chinoises qui ont qualifié hier l'entrée à l'OMC de « très bonne nouvelle pour l'économie chinoise comme pour les autres pays membres. » L'OMC devrait donner un coup de fouet à l'économie chinoise par le biais notamment d'une augmentation des investissements étrangers, même si, à court terme, l'impact sur la croissance chinoise devrait rester limité, selon plusieurs économistes. Dès les prochains mois, la Chine devrait en revanche s'atteler à gérer les conséquences des transformations requises pour adapter l'économie chinoise aux règles de l'OMC. En créant graduellement des conditions plus équitables entre sociétés chinoises et étrangères, les autorités devraient heurter de plein fouet les intérêts d'un secteur comme celui de l'automobile, jusqu'alors protégé par des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les voitures étrangères. Ces droits devraient régulièrement baisser pour atteindre à 25 % d'ici à 2006.

« La Chine possède actuellement plus de 150 constructeurs automobiles, mais, à terme, seulement une dizaine devraient survivre », estime Bob Zhang, un économiste auprès de BNP-Paribas Peregrine à Pékin. Les 800 millions de paysans chinois devraient pour leur part être frappés de plein fouet par une augmentation des importations de produits agricoles, notamment en provenance de pays comme les États-Unis, susceptibles de fournir des produits moins chers et de meilleure qualité que les petits fermiers chinois. Le défi lancé par l'OMC risque également d'être particulièrement dur à relever pour les dizaines milliers d'entreprises publiques déficitaires qui ont d'ores et déjà licencié des millions d'employés pour rester compétitives et pourraient en licencier encore 20 à 30 millions d'autres au cours des prochaines années. D'autres secteurs comme ceux des assurances ou du courtage devraient également connaître d'importantes restructurations, même si la plupart des analystes émettent quelques bémols. « Nous ne pouvons pas espérer des changements du jour au lendemain car nous avons affaire à des Chinois dont les esprits ne sont pas encore habitués aux normes internationales », estime Chi Lo. Le plus grand changement devait intervenir au niveau des autorités à tous les niveaux, estime pour sa part Zhang Shuguang, un économiste chinois cité mardi par le Quotidien de Pékin, en relevant que « ce qui manque le plus à la Chine à l'heure actuelle, ce ne sont pas les capitaux, ni les ressources humaines, mais un système innovant ou encourageant l'innovation ». « Avec l'OMC, nous allons pouvoir utiliser les règles internationales pour nous attaquer aux sphères protégées » renchérit son collègue Mao Yushi, tout en prédisant pour la Chine une « période difficile qui ne devrait pas être très longue ».

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