Des voisins de la menuiserie Billand l'accusent de dégager trop de solvants dans l'air. Dominique Billand rétorque qu'il est en règle et que l'écologie est un de ses soucis majeurs.
CELA RESSEMBLE à une querelle de voisinage toute bête, quand un voisin passe la tondeuse le dimanche matin et que c'est la coupure irréversible de toute communication entre les deux parties. Sauf qu'ici, il s'agit de solvants. La famille Gschwind reproche à la menuiserie Billand qui jouxte son terrain de dégager trop de solvants. « Le 1er août, notre fille de 17 ans s'est endormie quatre heures au soleil dans notre jardin et elle a ensuite été malade », se plaint Claude Gschwind, qui attribue ce malaise aux vapeurs de solvants. Le couple déclare que depuis la dernière extension en 1998, les émanations sont plus fréquentes et dégagées d'une salle qui n'était pas prévue pour accueillir un atelier de peinture dans les documents déposés à la DDE de Ferrette à l'époque. Après avoir adressé des lettres au sous-préfet, au préfet, à la DRIRE, à la DDE, à la DDASS et après avoir rencontré le maire de la commune, les époux Gschwind ont demandé à Alsace Nature Sundgau de venir constater, ce que Jean Pluskota a fait avant-hier, qualifiant le résultat d'« intenable ».
« Du vernis pas nocif »
Ce dont Dominique Billand se défend farouchement. « Il est vrai que nous dégageons des solvants et qu'il y a une augmentation de notre production, donc de nos émanations. Mais je peux vous affirmer qu'il n'y a pas plus de solvants dans l'air qu'il y a cinq ans parce qu'on utilise à 90 % des vernis de phase aqueuse. C'est un vernis à base d'eau. On pourrait mettre le doigt dedans puis le mettre à la bouche, ça n'est pas nocif pour l'homme. Or, il y a cinq ans, nos voisins ne se plaignaient pas. Alors pourquoi maintenant ? » En 1998, Dominique Billand entreprend une troisième extension de ses bâtiments après celles de 1994 et 1996 et porte son effectif à 15 salariés. C'est cette dernière extension qui est mise en cause par des riverains. « Au départ, l'extension devait servir à un atelier de montage mais on s'est rendu compte ensuite que, pour être logique, on devait mettre la cabine de peinture au bout du bâtiment et pas en plein milieu », explique le chef d'entreprise. D'où le décalage de 15 m sur lequel les voisins fondent leur argumentation. « Cette cabine de finition a été soumise à la DRIRE et à la DDASS en 1996. Quand on l'a déplacée, j'ai demandé à notre architecte s'il était nécessaire de le déclarer et il m'a répondu que non. Chaque année, on a des visites d'experts pour l'assurance ou la sécurité et à chaque fois, je n'ai que des compliments. »
Des gaz plus lourds que l'air
Des compliments que ne leur adressent pas leurs voisins qui ont même fait circuler une pétition dans le quartier. 17 personnes ont signé, ce qui ne manque pas de surprendre Dominique Billand. « Depuis 13 ans que j'ai cette entreprise, je n'ai jamais entendu personne se plaindre de nuisances, à part M. et Mme Gschwind. Aujourd'hui, je fais tout ce que je peux pour limiter les émanations. On utilise des appareils de haute technologie. Dans la cabine de finition, on a installé des cuves en inox qui nous ont coûté 30 000 F et qui évitent de peindre au pistolet, ce qui dégage 10 fois moins de solvant. On a aussi deux préfiltres nettoyés régulièrement et un filtre fin pour que les plus petites particules ne sortent pas de la cabine. C'est un filtre qui est changé trois ou quatre fois par an. » Le chef d'entreprise tient aussi à relativiser ses nuisances par rapport au bruit ou aux émissions d'ozone que subissent ceux qui habitent au bord des routes. « Et chacun peut venir vérifier à l'improviste nos locaux. Je suis menuisier, j'aime le bois, j'aime la nature. Je fais tout ce que je peux en matière d'écologie. Pour l'instant, je ne peux rien faire de plus pour améliorer, on attend des nouveaux produits en phase aqueuse pour les 10 % de produits qui dégagent des solvants qui nous restent. Mais à ce niveau-là, on est tributaire de nos fournisseurs. » En attendant, les voisins devront subir ces émanations, notamment quand il fait chaud puisque les gaz, plus lourds que l'air, stagnent. Claude Gschwind et son épouse attendent désormais les réponses à toutes les lettres qu'ils ont envoyées pour savoir si tout est légal. Installés depuis 24 ans au même endroit, ils n'en démordent pas : pour eux la situation s'empire, « avant c'était le paradis ici », affirment-ils. « On ne veut pas que l'entreprise ferme mais qu'elle respecte les riverains ». Selon M. Billand, ils sont de mauvaise fois. Et le dialogue entre eux est définitivement coupé.
L'atelier de finition pour le vernissage de l'entreprise Billand est équipé de trois filtres et de cuves en inox pour réduire les émanations.
Photos Nicolas Morvan
Claude Gschwind affirme que l'atelier tout proche les empêche de manger dehors.











