J-105. L'euro approche à grands pas, bouleversant peu ou prou les habitudes des Français. Et Sélestat n'échappe pas à la règle.
CE MATIN, dans les rues du centre ville, la foule est, comme d'habitude, présente pour le traditionnel jour du marché. Traditionnel ? Pas tout à fait, en fait… Dans 105 jours exactement, au soir du 31 décembre, la France passera en effet à l'euro, abandonnant du même coup sa monnaie nationale qui existait depuis l'ordonnance du 27 décembre 1958. Le compte à rebours est maintenant enclenché. Mais il semble que dans la plupart des stands des commerçants, la question du changement de monnaie ne soit pas encore à l'ordre du jour. Petit tour auprès des marchands présents la semaine dernière: entre les étals de légumes, de poissons et de viandes, la réponse fuse avec un brin de mépris, souvent la même : « L'euro ? On n'y pense pas encore. On laisse plutôt venir la chose, et on verra au moment voulu ».
On laisse venir la chose, on verra au moment voulu
Pour ces marchands, c'est certainement la Toussaint qui marquera de façon officieuse l'arrivée de la révolution euro: «C'est cette date que j'ai choisie pour commencer à changer les balances, acheter les convertisseurs et procéder de façon régulière au double affichage», explique l'un d'eux. Reste que certains ont déjà pris les devants. Sur l'étal des produits du terroir Fuchs d'Orschwiller, la balance toute neuve est dès à présent en place, trônant fièrement au-dessus des charcuteries et cochonnailles. Sa fonction ? Imprimer les tickets en francs et en euros. Et les vendeuses utilisent chacune une calculatrice spécifique, achetée à Colmar chez un détaillant réservé aux professionnels. « C'est sûr, l'euro va poser quelques problèmes aux clients, mais nous aussi, nous allons souffrir en janvier quand il faudra rendre la monnaie en euro après avoir perçu l'argent en francs. D'ailleurs, d'une certaine façon nous en souffrons déjà. » Effectivement, avec un renouvellement des balances estimées à 1 000 F pièce, plus les calculatrices et autres convertisseurs de poche, la facture s'annonce lourde pour les commerçants ambulants, qui ne perçoivent pour cela aucune aide de l'État. Les rares, finalement, qui sont satisfaits par le changement, semblent être les touristes européens, qui voient dans l'euro une échappatoire aux habituels bureaux de change.
*Pourtant obligatoire depuis l'été dernier
Au stand de fromages, les prémices du changement de monnaie apparaissent. Ici, les conversions euros-francs sont listées pour chaque produit.
Sylvain Thévenard











