MAIS LE PRINTEMPS REVIENT TOUJOURS
© GINETTE BRIANT (195)
Qu'y avait-il eu réellement entre ces deux êtres ? Rien, sans doute, mais devait-on se fier aux apparences ? Depuis quelques jours, la mère d'Alec s'ennuyait. En l'absence de Dusty qui venait de repartir pour Dublin, elle s'accrochait à Marina. Si ce subit engouement fit jaser, il eut pour mérite de forger entre les deux femmes un lien indiscutable. Je me demande quelle tête fera Alec quand il saura que nous sommes devenues amies ! s'exclama la vieille dame, toute heureuse de son exploit. Nous avons perdu de longues années, mais il n'est pas trop tard pour réparer nos torts, n'est-ce pas ? Je suis la première à regretter d'avoir été de si mauvaise foi ! On devrait s'abstenir de juger les gens sans les connaître. Me pardonnez-vous ? Bien entendu, mère. Je gardais moi-même mes distances à la demande de mon mari. Il vous décrivait tellement... Originale ? compléta lady Pélagie en éclatant de rire. Si seulement mon fils avait hérité un tant soit peu de cette qualité, vous n'auriez pas été malheureuse en sa compagnie ! Je vous assure... Taratata ! Ne protestez pas ! Il ne vous a jamais rouée de coups ni condamnée à la réclusion, mais vous avez souffert de son indifférence à en mourir ! Je sais ce que c'est... continua-t-elle d'une voix subitement altérée. On se remet difficilement d'une telle épreuve. La psychologie dont faisait preuve sa belle-mère touchait Marina. Cette femme lui était de plus en plus sympathique. Parce qu'elle avait pris le Dr. Malone sous son aile protectrice, la jeune femme nourrissait l'espoir de pouvoir approcher l'Irlandais grâce à elle. Elle ne se disait pas que ce simple désir était un péché. Pas davantage elle ne se préoccupait de savoir ce qu'en penserait Alec. Elle croyait avoir gagné le droit de mener sa vie comme bon lui semblerait. On était le 3 mai et le temps, très doux, incitait aux promenades. Marina décida d'aller voir Katherine O'Shea. Celle-ci l'accueillit avec un fébrilité inattendue, quand on songeait qu'elle venait de perdre le bébé chétif mis au monde quelques semaines plus tôt. Sophie reposait maintenant au cimetière de Chislehurst et Katherine était en proie à une douleur très vive. Je l'ai écrit à Charles, disait-elle. C'était notre bébé, Marina. Le saviez-vous ? Je l'avais deviné, Kathie. Willie ne sait rien. Vous seule partagerez notre secret. Mais peut-être me jugez-vous bien mal ? Marina la prit sur son coeur et l'embrassa : Dieu vous accordera sa miséricorde. L'amour que vous portez à Mr. Parnell ne saurait vous avilir. Le regard de Katherine s'éclaira : Nous avons reçu une lettre de Charles. Il rentre demain. Mon mari et moi comptons fêter son retour comme il convient ! Cependant, mon deuil m'interdit d'organiser une réception où se presseraient des gens que Charles ne serait pas, d'ailleurs, particulièrement heureux de rencontrer... C'est un grand jour, n'est-ce pas ? La jeune duchesse s'associa avec émotion à cette excellente nouvelle. Elle embrassa son amie et tenta de la rassurer quand celle-ci lui fit part de ses craintes : (à suivre)











