L'avenir paraît sombre pour les salariés de la SCPA qui ont manifesté leur inquiétude en cessant le travail hier à Mulhouse.
Le personnel de la société de négoce SCPA (Société commerciale de la potasse et de l'azote) de Mulhouse a cessé le travail hier. Les salariés ont déployé des banderolles et se sont relayés devant l'entrée de leur immeuble. Ils voulaient ainsi manifester leur inquiétude devant l'avenir de la société, filiale du groupe public Entreprise Minière et Chimique (EMC), la maison-mère des Mines de potasse d'Alsace. Le sort de la SCPA est lié à celui des MDPA, dont on sait qu'elles doivent cesser l'extraction minière en 2003. L'approvisionnement en potasse alsacienne étant destiné à disparaître, l'activité de la filiale commerciale du groupe en sera gravement affectée, d'autant que la source d'approvisionnement alternative, celle de la mine canadienne Potacan, a disparu brutalement en 1997 après l'inondation de la mine.
Plan social introuvable
« La grève d'aujourd'hui, explique Philippe Groelly, au nom de l'intersyndicale CFTC, CFDT, CGC et FO, est un avertissement à la direction et la dénonciation d'une politique de déclin qui ne peut avoir qu'une issue fatale, la disparition de la SCPA. » Les représentants du personnel se disent doublement préoccupés. Sur le plan social d'abord : l'interrogation porte sur les conditions du reclassement du personnel et de sa reconversion éventuelle au cas où une bonne partie de l'effectif serait confrontée à la réduction de son périmètre d'activité. Ils rappellent que la SCPA est signataire, avec les pouvoirs publics et l'EMC, du même plan-cadre que les MDPA, plan qui étale dans le temps un important train de mesures de reconversion et d'accompagnement aux départs. « La direction refuse de nous dire si nous allons connaître le même sort que les MDPA. S'il fallait mettre en place un plan de reclassement et de formation, il ne nous resterait pas assez de temps. » Si des mesures sociales devaient être prises, estime le responsable syndical, le plan-cadre devrait être prolongé jusqu'en 2005, voire 2006, au lieu de fin 2004. L'inquiétude porte également sur le devenir de l'outil industriel. L'intersyndicale évoque un projet de session de la vente du sulfate de potasse au groupe chimique belge Tessenderlo, également filiale d'EMC. « Nous perdrions à cette occasion un milliard de francs de chiffre d'affaires ». Même méfiance devant l'hypothèse d'une reprise - même partielle - du groupe SCPA par le producteur allemand d'engrais potassique Kali & Salz, par ailleurs concurrent d'EMC : « Les Allemands sont intéressés par le marché français de la fertilisation, pas par nos structures ou la reprise de nos équipes ».
Les syndicats précisent qu'ils avaient alerté leur direction dès la fin des années 80 sur la nécessité d'acquérir des mines de potasse pour compenser le déclin du gisement alsacien. « Il fallait réfléchir à la reconversion de la SCPA. L'Etat n'a pas joué son rôle de stratège industriel ». L'intersyndicale insiste sur l'appartenance à un groupe public de la SCPA : « L'Etat ne peut pas tenir un discours médiatique sur Lu et Marks' & Spencer et agir dans un sens inverse pour une société dont il est actionnaire ». Une réunion avec la direction générale, début octobre, apportera peut-être plus d'informations sur un éventuel redéploiement, voire les sessions de l'une ou de l'autre branche de la SCPA. Un comité d'entreprise suivra peu après. Les comptes 2000 du groupe SCPA font état d'un chiffre d'affaires de 775,7 millions d'euros (5,08 milliards de francs) pour un résultat net négatif de 3,3 millions d'euros. Il employait l'an dernier 2831 personnes, y compris l'important effectif des filiales vietnamiennes. Le siège social est à Mulhouse, (l'effectif haut-rhinois, y compris celui du laboratoire d'Aspach-le-Haut, est de 200 personnes), mais sa direction générale est logée dans l'immeuble parisien d'EMC.











