Depuis quelques jours des dizaines de milliers d'Afghans ont pris le chemin de l'exil. Les populations en fuite privilégient surtout la frontière pakistanaise, demeurée ouverte à l'inverse de ce qui se passe vers l'Iran où les autorités ont décidé de fermer les points de passage. De même la Chine a annoncé qu'elle fermait elle aussi sa frontière avec cette zone à haut risque. A mesure que les rumeurs de riposte violente des Etats-Unis se multiplient, les Afghans quittent leur pays pour tenter d'échapper aux opérations que seraient en train de planifier les militaires américains pour venir à bout des milliers de combattants groupés autour de Ben Laden. Ce nouvel exode, qui fait suite à ceux enregistrés depuis 1979, date de l'offensive soviétique, achève de transformer ce pays en zone misérable. Après trois ans de sécheresse, plus de vingt ans de guerre, et de très nombreuses violations des droits de l'Homme, « la situation en Afghanistan est extrêmement fragile », note le Haut-comité des Nations unies pour les réfugiés. Ces nouveaux mouvements de population, encore difficilement quantifiables, viennent grossir les rangs du million d'Afghans ayant déjà fui les zones de combats. Sur environ 21 millions d'habitants, 3,7 millions sont d'ores et déjà réfugiés à l'extérieur du pays, dont 2 millions au Pakistan et 1,5 en Iran. Les réfugiés qui tentent de passer en Grande-Bretagne depuis Sangatte ou ceux qui dérivent au large de l'Australie sont, eux aussi, autant de témoins du désaroi de ce peuple. Mais le mouvement de panique actuel est semblable à celui que l'on a connu aux pires moments de la guerre contre l'URSS ou dans les combats qui ont opposé les factions entre elles. Des mouvements de populations ont été signalés dans les régions de Kaboul, Kandahar (sud) et Jalalabad (est). Dans la capitale afghane, de nombreux habitants, en proie à un sentiment d'abandon, étaient avides de la moindre information sur l'évolution de la situation, alors qu'une délégation pakistanaise de haut niveau était reçue à Kandahar, ville qui est le coeur du pouvoir taliban. Dès la semaine dernière, des familles effrayées avaient commencé à quitter Kaboul pour des endroits plus sûrs, à la campagne. Mais la majorité de la population est restée, de crainte de perdre emplois et domiciles. Le cours de l'afghani, la monnaie locale, a encore chuté par rapport à la monnaie américaine, et il fallait hier 78.000 afghanis pour acheter un dollar, contre un cours précédent de 70.000. Un étudiant de Jalalabad, Zmarrud Gul, a signalé « des mouvements inhabituels de chars et de véhicules militaires sur les routes, ce qui pourrait signifier que les taliban se préparent à la guerre ».
Des dizaines de milliers d'Afghans cherchent refuge au Pakistan.
AFP











