Terry Allen est une Américaine du Massachussets en vacances dans la région, Hanan Rahimi est un réfugié afghan vivant à Mulhouse depuis deux ans. Ils se sont rencontrés dimanche soir chez une amie commune en pleine veillée d'armes de la riposte américaine. « C'est un cauchemar, j'étais venue pour découvrir les beautés de l'Alsace… ». L'esprit et le coeur de Terry sont ailleurs, là-bas où des terroristes-kamikazes ont fait écrouler des symboles de la grandeur américaine. « Il faut garder la tête froide. J'espère que la réaction de l'administration Bush restera raisonnable », dit-elle. « Beaucoup d'Américains pensent comme moi : je ne veux pas que des innocents soient tués ». « Tous les Afghans ne sont pas des terroristes ». Journaliste à Kaboul avant sa fuite en Occident en juillet 1998, Hanan, 28 ans, se sent obligé de préciser qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Opposant aux talibans qui l'on emprisonné durant cinq mois, il a peur pour sa famille. Son cauchemar, c'est un déluge de missiles américains écrasant ses proches. « Des innocents vont être sacrifiés pour se venger des terroristes ». Hanan est un tadjik comme le commandant Massoud dont il pleure la mort. « Les talibans n'ont plus l'appui du peuple. Les gens s'étaient tournés vers eux car ils étaient fatigués de la guerre. Ils se sont trompés ». Un débarquement américain en Afghanistan serait, selon lui, très hasardeux. « Les Afghans se mobiliseront contre toute intervention de soldats étrangers ». Pour faire tomber le régime des talibans, « il faut couper toute aide financière », estime-t-il. Un beau-frère de Hanan a réussi à le contacter par téléphone samedi depuis le Pakistan pour lui demander d'envoyer de l'argent afin que sa famille puisse se réfugier dans le pays voisin. « Il faut 200 dollars (1400 F) par mois pour loger et nourrir une famille de dix personnes au Pakistan ». Depuis qu'il a obtenu le statut de réfugié politique, l'ancien journaliste au quotidien Yahak (La Vérité) travaille comme opérateur dans une usine de la région de Mulhouse, en attendant de pouvoir suivre une formation en informatique. Hanan va se serrer la ceinture pour virer à une banque américaine de Peshawar, au Pakistan, l'argent indispensable à la survie de sa famille. Terry, elle, va retrouver son mari originaire d'une famille juive autrichienne qui avait fui les nazis pour se réfugier en Nouvelle-Angleterre. Elle devrait atterrir mardi à Boston, là où il y a une semaine des terroristes ont détourné les avions qui ont détruit les tours du World Trade Center. « Je n'ai pas de solution pour éradiquer le terrorisme », déplore-t-elle. Mais une certitude : « Le patriotisme n'est pas la chose la plus importante au monde ».
Terry, l'Américaine, et Hanan, l'Afghan, vivent le même cauchemar.
A.D.











