Le Pakistan a entamé hier des négociations avec ses voisins afghans pour, affirme le régime militaire d'Islamabad, tenter de convaincre les taliban de lâcher Oussama Ben Laden. Le leader des taliban, le mollah Omar a déclaré qu'il comptait réunir aujourd'hui les chefs religieux afghans pour qu'ils se prononcent sur le sort du chef terroriste. Une première entrevue s'était déroulée hier à Kandahar sans que l'on sache de manière bien précise quelle en a été la teneur. « Les entretiens sont finis et nous donnerons des précisions plus tard », avait indiqué en début d'après-midi un porte-parole des taliban. La délégation pakistanaise a eu des entretiens de plusieurs heures avec les personnalités-clés du régime afghan, notamment le mollah Mohammad Omar, chef suprême des taliban. La délégation pakistanaise était conduite par le responsable des puissants services de renseignement (ISI), le général Mahmood Ahmad, qui était la semaine dernière à Washington. Les autorités pakistanaises dont l'attitude ambiguë à l'encontre du régime de Kaboul ne cessent de protester de leur bonne volonté comme en atteste l'interview accordée à CNN par le ministre pakistanais des Affaires étrangères. Abdul Sattar a indiqué hier que le message aux taliban insisterait sur « l'impérieuse » nécessité, pour eux, de « se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité » de l'ONU. « Nous espérons que le gouvernement d'Afghanistan agira avec responsabilité dans la situation actuelle, qui est terriblement grave », a-t-il dit. M. Sattar a cependant souligné que les relations diplomatiques entre les deux pays « ne se traduisaient pas nécessairement par une grande influence » d'Islamabad sur les taliban. Samedi, le Pakistan avait annoncé qu'il apporterait un soutien total aux Etats-Unis dans la guerre en préparation contre le terrorisme, et que des consultations étaient en cours sur les modalités pratiques de l'aide envisagée par Islamabad dans le cadre de cette coopération.
50 experts américains ont débarqué
Selon des sources gouvernementales pakistanaises, plusieurs domaines de coopération ont été identifiés, qu'il s'agisse d'informations précises liées à la mouvance et aux réseaux de ben Laden, des pressions que pourrait exercer Islamabad sur les taliban, de la fermeture de la frontière pakistano-afghane, de l'utilisation par les Etats-Unis de l'espace aérien pakistanais et de la fourniture de « soutiens logistiques ». Une cinquantaine d'experts américains, principalement des spécialistes du renseignement, auraient déjà débarqué au Pakistan selon certaines informations ce qui tendrait à prouver que Washington pourrait se servir de ce pays comme base arrière dans une éventuelle offensive contre Ben Laden. Inquiets de ce qu'ils prennent pour un revirement pakistanais, les taliban d'Afghanistan et les partis fondamentalistes au Pakistan même ont, à plusieurs reprises, mis en garde les autorités d'Islamabad contre l'utilisation par des forces américaines du territoire pakistanais pour lancer des attaques contre l'Afghanistan. Une coalition de partis islamiques radicaux au Pakistan a annoncé hier l'organisation d'une campagne nationale de grèves et de protestations à la suite du soutien apporté par Islamabad aux Etats-Unis. Plus de 30 partis, réunis à Lahore, ont décidé de former un « Conseil pour la défense de l'Afghanistan et du Pakistan », selon des participants au conclave. Ces partis religieux ont déclaré « considérer toute attaque américaine contre l'Afghanistan comme une attaque contre le Pakistan » et ont averti les autorités qu'une éventuelle coopération pakistanaise avec les Etats-Unis pourrait provoquer une guerre civile.











