Depuis la tempête du 26 décembre 1999, les épicéas qui peuplent les forêts d'Alsace sont victimes de l'attaque des scolytes, des insectes ravageurs et sans pitié.
« APRÈS un phénomène atmosphérique important, les forêts sont fragilisées. C'est à ce moment précis que l'on observe l'apparition d'insectes, qui profitent de la situation pour attaquer et entraîner la mort des arbres malades ou tombés au sol », explique Hubert Koebel, garde forestier et agent de triage, à Gueberschwihr. Et c'est bel et bien ce qui s'est passé dans les forêts du sud de l'Alsace, après la violente tempête qui a soufflé sur l'hexagone le 26 décembre 1999. En effet, quelques mois après le sinistre, d'importantes colonies de scolytes sont apparues dans le Haut-Rhin, essentiellement localisées dans les épicéas. « Les populations augmentent très vite, car à chaque ponte, le nombre de scolytes est multiplié par 100. Depuis la tempête, ces bestioles se sont reproduites plusieurs dizaines de milliers de fois. De plus, leur installation a été facilitée par la forte présence d'arbres, couchés au sol par le vent, et par un climat relativement doux, qui a permis leur prolifération. Bref, c'est un véritable fléau… », poursuit le forestier. Ainsi pour la division de Guebwiller, 2000 à 3000 m3 de bois affecté ont dû être abattus depuis 1999, pour tenter d'éradiquer l'épidémie.
Une fois l'arbre infecté, c'est la mort assurée !
De couleur brune et mesurant environ 1 mm de long, le scolyte — appelé aussi « ips-typographe » par les scientifiques — est un insecte ravageur, qui creuse des galeries sous l'écorce, dans la partie vivante de l'arbre. C'est là que se déroulent la reproduction et le développement larvaire. « Les femelles pondent leurs oeufs dans les canaux verticaux, que les mâles ont creusés pour elles, en remontant vers la cime. À leur éclosion, les larves (de couleur blanche) poursuivront ce travail, mais à l'horizontale, cette fois. Se nourrissant de la sève de l'arbre, elles deviendront adultes en l'espace de sept semaines », précise Hubert Koebel. Si les scolytes choisissent des arbres malades, c'est parce qu'ils savent qu'ils pourront s'y développer en toute tranquillité. « S'ils choisissaient des arbres vigoureux, ils seraient immédiatement noyés par la sève », explique le forestier. « Une fois l'arbre infecté, c'est la mort assurée!» Les parasites, après avoir percé l'arbre de quelque 200 trous, grignotent la partie vivante (le cambium), empêchant ainsi à la sève de circuler jusqu'en haut de l'arbre. On comprend alors mieux pourquoi les cimes rougissent et s'assèchent et surtout pourquoi l'écorce des arbres tombe par plaques. « À ce stade, le conifère n'a plus que quelques semaines à vivre », poursuit le spécialiste.
C'est un problème, mais la situation n'est pas dramatique.
Pour lutter contre cet envahisseur, deux solutions s'imposent alors. La première : abattre les arbres dès l'apparition des premiers symptômes et les évacuer des fourrés dans les 15 jours qui suivent. « Ce sont les bûcherons qui sont chargés de cette tâche. Dès qu'ils remarquent de petits trous par lesquels sorte une cire brune et qu'ils notent la présence de tâches rouges, c'est le moment pour eux d'agir ». La deuxième solution : enlever les écorces de tous les arbres atteints et les brûler. Le bois affecté est alors débité par les scieries puis vendu dans la région. Il est aussi utilisé pour alimenter les chaufferies. Les oiseaux, premiers prédateurs de ces insectes, pourraient eux aussi jouer un rôle dans leur éradication. Le problème, c'est que les scolytes vivent sous les écorces des arbres. Il est donc difficile de les atteindre. « Il est vrai que ces insectes nous causent actuellement de gros soucis. C'est un problème, mais la situation n'est tout de même dramatique. Nous avons déjà eu des cas de ce genre dans la région, après la guerre. Il faut savoir que les forêts d'Alsace ne sont composées que de 14 % d'épicéas. Pour le reste, ce sont des feuillus, qui eux ne sont pas sujet aux attaques des scolytes. La solution à l'avenir serait de planter plus de chênes et de hêtres, pour permettre une homogénéisation du milieu, limitant ainsi les risques de maladies et d'attaques ».
« Les scolytes percent l'écorce de l'arbre et creusent des galeries, où les femelles pondront leurs oeufs », explique Hubert Koebel, garde forestier à Gueberschwihr.
Photos Mariette Geneviève
Le scolyte, appelé ips-typographe par les scientifiques, ne mesure pas plus d'un mm de long.
On peut voir ici les canaux verticaux creusés par les adultes et les canaux horizontaux creusés par les larves.
Les scolytes, qui nichent sous l'écorce de l'épicéa, empêchent la sève de circuler. Privé de cette substance, l'arbre rougit et s'assèche. C'est la mort assurée.











