Antoine est un garçon précoce. A 18 ans, il s'offre sa pierre tombale. A 35 ans, après s'être marié, avoir eu deux enfants, il décide de prendre sa retraite. Ou plutôt d'intégrer avant l'heure la maison du même nom. Il peut se payer ce « luxe » grâce à l'héritage d'un parrain inconnu : « Les tropiques ne me tentaient pas ; j'avais envie de calme, de paix, loin des vicissitudes exiguës de l'existence ; je voulais me laisser flotter doucettement à la surface de la vie, faire la planche en attendant de finir entre quatre ». Antoine s'installe à demeure dans la résidence des Jours heureux. En bon petit vieux docile, il assiste à un spectacle de magie, visite un zoo, reçoit la visite d'un candidat aux municipales. Il prend le risque de recroiser l'imprévu en accompagnant Mireille dans ses derniers instants. A l'hospice ne se cache plus le pathétique de nos vies mais notre art du ridicule est ici décrit avec une plume anesthésiante, avec cette apathie doucereuse recherchée par Antoine. Lui qui porte toujours « ce regard épingleur d'entomologiste » sur ses semblables et a trouvé « sa place parmi ceux qui n'attendent plus rien et s'abandonnent à une vie caricaturale ».
« Les jours heureux », Laurent Graff, Le Dilettante, 139 p., 85,27 F, 13 E.











