Les conservateurs du musée de Champagney ont rencontré à Mulhouse M. Doudou Diène, directeur de la division du dialogue interculturel et du projet « Route de l'esclavage » à l'UNESCO. Marie-Thérèse et André Olivier ont plaidé une nouvelle fois en faveur de « leur » maison…
L'ESCLAVAGE aura duré -officiellement- au moins quatre siècles, période au cours de laquelle des dizaines de millions d'Africains ont été capturés (par leurs semblables, il n'est pas inutile de le répéter) et vendus à des Européens, lesquels les ont revendus aux colons européens d'Amérique, créant là une des branches d'un "trafic triangulaire" qui aura enrichi bien ses villes portuaires, comme Nantes et Bordeaux en France. Dès les grandes découvertes des XVe et XVIe siècles, les produits exotiques ont connu un énorme succès dans les pays européens : très recherchés et rares, donc très chers.
Les indiennes
Parmi ces produits, il y avait les toiles imprimées venues d'Inde qu'on a de suite appelées "indiennes", tissus qu'on chercha bientôt à imiter en Europe, par l'imprimerie textile, industrie naissante qui faisait appel à la culture des colorants végétaux, et bientôt aux colorants chimiques. Au début, on tâcha d'interdire cette industrie de contrefaçon — protectionnisme des compagnies d'outremer existantes — puis, on s'y adapta. Cette industrie des indiennes se développa dans les villes portuaires du trafic triangulaire, mais aussi à Mulhouse, capitale européenne de l'imprimerie sur tissus. Dans les archives du musée de l'impression sur étoffes, à Mulhouse, on a retrouvé des rouleaux d'impression de ces tissus caractéristiques, dont les dessins démontrent l'idée qu'on pouvait avoir des pays exotiques, une idée plus que caricaturale.
Parce que le 23 août 1791 se déroula à Saint-Domingue la première révolte des esclaves contre le monde blanc qui les asservissait, l'O.N.U. a décidé que cette date du 23 août serait chaque année la Journée mondiale de lutte contre l'esclavage. L'UNESCO, cette branche de l'ONU pour la culture et l'éducation, demande à chaque pays membre d'inciter ses forces actives à célébrer cette journée, par des actions de découverte et de connaissance. C'est dans ce cadre que le musée de l'impression sur étoffes de Mulhouse, avec son conservateur Denis Roland, a voulu faire connaître cette singularité du passé mulhousien, ayant participé indirectement à l'esclavagisme. Dans cette optique, les conservateurs de la Maison de la Négritude et des droits de l'Homme de Champagney, ainsi que ceux de la Maison de l'abolition de l'esclavage Victor Schoelcher de Fessenheim avaient été invités. De riches échanges ont ainsi pu s'effectuer.
Dans la loi présentée par Mme Tauriba-Delnnon députée de la Guyane, votée par les deux assemblées françaises et reconnaissant la traite des Noirs comme crime contre l'humanité, on trouve un article qui incite l'État français à créer des sites nationaux de mémoire contre l'esclavage. Champagney, de par son voeu, paraît bien placé pour emporter cette édification. André et Marie-Thérèse Olivier, les conservateurs champagnerots ont depuis longtemps pris leur bâton de pèlerin et ont frappé à toutes les portes pour influencer positivement le choix de Champagney comme site national de mémoire contre l'esclavage. En rencontrant à Mulhouse, jeudi passé, M. Doudou Diène, directeur de la division du dialogue interculturel à l'UNESCO à titre permanent et directeur du projet UNESCO "Route de l'esclavage" à titre temporaire, ces derniers ont sollicité un allié de poids. M. Diène était déjà venu à Champagney, en même temps que Jospin, pour le 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, en 1998. Ils ont aussi l'aide de son attaché culturel, Reynaldo Harguinteguy, de la conservatrice adjointe du musée de l'impression sur étoffes Martine Seigel, sans oublier le conservateur Émile Beringer, de la maison Schoelcher de Fessenheim. D'ailleurs, lors du spectacle donné au musée de l'impression sur étoffes par le groupe "Hibiscus" des Antillais de Mulhouse et sa région, puis au cours de la prise de parole de M. Diène, on a bien vu que tous ces gens travaillent dans le même sens, celui de la reconnaissance au plan mondial de la richesse de la culture noire, la richesse de la Négritude.
M. et Mme Olivier, via le musée de Mulhouse ont pu prendre contact avec le délégué de l'UNESCO.
Photos François Parietti
Une démonstration de la fabrication des « indiennes », étoffes au passé chargé d'histoire, mais aussi de souffrance.











