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ENQUÊTE Pasqua mis en examen dans l'affaire Elf

Les ennuis judiciaires s'accumulent en un temps record pour Charles Pasqua, rattrapé par la tentaculaire affaire Elf quelques semaines après ses deux premières mises en examen, respectivement dans le dossier de trafic d'armes vers l'Angola et celui de financement présumé illégal de sa campagne européenne. Soupçonné d'avoir utilisé, entre 1992 et 1997, des vols financés par le groupe pétrolier, l'ancien ministre de l'Intérieur et candidat à l'élection présidentielle de 2002, âgé de 74 ans, a été mis en examen hier pour « recel d'abus de biens sociaux » par les juges d'instruction Eva Joly et Renaud van Ruymbeke. Selon un rapport des policiers de la brigade financière de Paris, M. Pasqua a été, au cours de ces cinq années, le « passager » de 71 vols privés, dont Elf a été l'affréteur à 24 reprises. Le coût total des déplacements réglés par Elf serait de 1,1 MF (170 000 euros). Ces documents avaient été recueillis en marge de l'enquête sur le trafic d'armes vers l'Angola avant d'être transmis fin mai aux juges de l'affaire Elf.

« La plus grande fumisterie »

S'exprimant, début juin ,dans la presse à propos de cette affaire, Charles Pasqua avait répondu: « Je préfère utiliser Air France à Air Elf (...). Tout ça me paraît relever de la plus grande fumisterie ». Interrogé hier par l'Agence France-Presse, Me Gilbert Collard, qui assure la défense de l'ancien ministre aux côtés de Me Lef Forster, a estimé qu'il n'y avait « aucun délit dans la mesure où M. Pasqua remplissait des missions de services d'Etat ». Revenant sur les déclarations de l'ancien Pdg d'Elf, Loïk le Floch-Prigent, qui avait affirmé devant les juges que « tout le monde, y compris M. Pasqua » avait utilisé des avions payés par Elf, l'avocat a dénoncé « une manière systématique de cibler Charles Pasqua ». « On peut s'étonner que les juges ne se préoccupent pas de savoir qui sont les gens qui composent ce 'tout le monde' et filent droit sur M. Pasqua », s'est indigné Me Collard. Interrogé à la radio sur le fonctionnement du groupe pétrolier qu'il a dirigé de 1989 à 1993, M. Le Floch-Prigent avait notamment affirmé: « M. Pasqua prenait les avions d'Elf comme tout le RPR, comme les gens de Démocratie libérale, M. Madelin et M. Léotard. À l'époque où j'étais président, les ministres socialistes prenaient le GLAM (Ndlr: Groupe des liaisons aériennes ministérielles, appartenant à l'État) et l'opposition les avions d'Elf ».

Immunité européenne

« Parfois, nous avions l'occasion de payer les billets d'avion d'Air France, mais tout ceci en parfaite connaissance du président de la République », avait ajouté M. Le Floch-Prigent, soulignant qu'il s'agissait « essentiellement » de voyages vers l'Afrique, « puisque le président de la République considérait que la France était représentée en Afrique par la majorité et l'opposition et par conséquent, qu'il était justifié que les déplacements de l'ensemble de la classe politique soient favorisés par Elf ». Charles Pasqua fait par ailleurs, depuis fin mai, l'objet d'une demande de levée de son immunité de député européen formulée par les juges en charge de l'affaire du trafic d'armes vers l'Angola et des importantes commissions versées en marge de ces ventes. L'immunité parlementaire protège de toute mesure coercitive comme une garde à vue, un contrôle judiciaire ou un placement en détention provisoire.

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