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Reste la séquestration

Le suspect n°1 dans l'affaire des disparues de l'Yonne ne peut plus être jugé pour enlèvements et assassinats, crimes ponctuels prescrits. Un éventuel procès se fondera sur l'hypothèse purement juridique que les victimes sont séquestrées vivantes.

É mile Louis, mis en examen dans l'affaire des sept disparues de l'Yonne, à la fin des années 70, devrait échapper à un procès pour assassinat mais demeure accusé de « séquestrations », au vu de la décision rendue hier par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. La chambre a retenu la séquestration car elle constitue un crime continu, donc non passible de prescription. En revanche, les magistrats ont rejeté les chefs d'assassinats et d'enlèvements, ces crimes ponctuels étant prescrits au-delà de dix ans. Mais si les corps des victimes étaient retrouvés, cela rendrait le chef d'accusation de séquestration également caduc et Émile Louis ne serait alors jamais jugé dans ce dossier. À ce jour, cinq jeunes filles restent introuvables et seuls les corps de Madeleine Dejust et Jacqueline Weiss, disparues en 1977, ont été exhumés et identifiés. Les familles des victimes ont annoncé qu'ils allaient se pourvoir en cassation. « C'est une déception pour les familles. Mais nous irons en cassation et le débat sera politique. Il faut modifier la prescription pour qu'elle commence le jour où on découvre le crime », a déclaré Pierre Monnoir, président de l'Association de défense des handicapés de l'Yonne (ADHY), partie civile. « Les familles veulent que des responsables soient désignés et que les crimes d'Emile Louis ne restent pas impunis ». L'avocat de l'ADHY, Me Didier Seban, tient en outre la décision de la cour d'appel de Paris pour « erronée » : il affirme que la cour s'est trompée sur l'identité de trois jeunes filles. Dans leur cas, dit-il, Émile Louis « reste donc mis en examen pour fait d'enlèvement ».

Aveux et rétractation

Par contre, la défense du suspect, qui conduisait régulièrement les jeunes filles au centre médico-éducatif d'Auxerre, est plutôt satisfaite. « Il n'y a aucun élément qui permette de retenir la séquestration contre Emile Louis », a même estimé Me Alain Thuault, bâtonnier d'Auxerre, l'un des avocats du mis en examen. En décembre 2000, Émile Louis avait été mis en examen et écroué dans cette affaire, après avoir avoué les meurtres des sept jeunes filles et en permettant aux enquêteurs de retrouver les restes de deux d'entre elles. Mais il s'est ensuite constamment rétracté. Pour qu'un procès ait lieu un jour, il faudrait que la justice considère que les jeunes filles non retrouvées sont encore vivantes, hypothèse juridiquement nécessaire mais peu crédible.

Une autre affaire

Me Corinne Hermann, avocate des parties civiles et auteur d'un livre sur l'affaire, n'exclut pas que certains corps aient été jetés dans une rivière et soient introuvables à jamais. « On s'accrochera à la séquestration car c'est important pour les familles. C'est un cas unique dans les annales de la justice », selon elle. Quoiqu'il advienne, Émile Louis, âgé de 67 ans, n'est pas libérable pour autant. Il a été écroué le 16 février dernier à la maison d'arrêt de Draguignan (Var) dans le cadre d'une autre affaire : viols avec torture et actes de barbaries sur quatre personnes vulnérables de son entourage, familial ou social.

Émile Louis.

AFP

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