Suite à l'affaire de Boron, Damien Meslot et Cédric Perrin ont lancé une vaste campagne pour soutenir le commerçant incarcéré il y a quinze jours. 3600 signatures ont déjà été recueillies. Le préfet conteste les méthodes employées par les deux conseillers généraux RPR.
Dans le sud du Territoire de Belfort, le déroulement de ce qu'on appelle aujourd'hui l'affaire de Boron suscite certains remous. Pour manifester contre ce qu'ils considèrent comme une « inégalité du traitement des personnes impliquées », les conseillers généraux RPR Damien Meslot et Cédric Perrin ont lancé une pétition il y a maintenant une semaine. Hier, ils ont dressé un bilan de l'opération. « 3600 exemplaires nous ont été renvoyés, indique Damien Meslot. « Nous avons donc largement dépassé le chiffre d'un millier de pétitions que nous nous étions fixé », ajoute-t-il. 15 000 exemplaires circulent actuellement dans Belfort et le sud du Territoire. Lors du dernier conseil municipal de Delle, Raymond Forni a qualifié cette pétition de « cochonnerie, papier de toilette ». Selon lui, « exploiter cette affaire ne peut être que l'oeuvre de charognards ». Damien Meslot ne souhaite pas répondre. Il considère simplement que cette action ne peut être assimilée à une récupération politique : « Si nous, élus, ne nous exprimons pas, alors qui pourra le faire ? », déclare-t-il. « Il y a quelques années, le front national s'était emparé de l'image de Jeanne d'Arc, indique le conseiller, mais ce personnage de l'histoire de France appartient à tous les Français, pas au front national. Il en va de même pour le thème de l'insécurité »
« Un poids deux mesures »
Dans la nuit du 15 au 16 juin, un groupe d'individus tente de saccager un bar-tabac de la commune de Boron. La bande étant sur le point de rentrer, le commerçant appelle la gendarmerie, tire en l'air pour mettre en fuite les intrus puis blesse un jeune homme d'une décharge de plombs. Le tenancier reconnaît les faits, il est incarcéré sur le champ tandis que les jeunes gens ne sont pas arrêtés. Le lendemain, ceux-ci échouent dans leur tentative d'incendier le magasin où se trouvait la famille du tenancier. Aujourd'hui, sept personnes sont sous les verrous. « Personne ne conteste la gravité du geste de cet homme menacé. Celui-ci a manifestement très mal géré la pression qui a pesé sur ses épaules », indiquent Damien Meslot et Cédric Perrin. Ceux-ci se déclarent surtout indignés du fait que les agresseurs aient pu revenir le lendemain de l'incident. Surtout, ils contestent le chef d'accusation retenu : « Ce commerçant a été incarcéré pour tentative de meurtre, ce motif est à nos yeux choquant », indiquent-ils. Aujourd'hui, les deux conseillers se demandent si « l'État républicain est en mesure d'assurer la sécurité et l'ordre dans le sud du Territoire de Belfort ? » Cédric Perrin insiste notamment sur la baisse des effectifs qui concerne les brigades de gendarmerie du sud du Territoire.
« Une exploitation nauséabonde » selon le préfet
Damien Meslot et Cédric Perrin ne comprennent pas l'attitude de Pierre Pouëssel, le préfet du Territoire de Belfort. « Nous allons lui demander un rendez-vous. Nous considérons qu'il a dépassé son obligation de réserve. Il n'est pas, dans cette affaire, le représentant de parti socialiste mais celui de l'État » déclarent les deux conseillers avant d'insister sur le fait qu'ils n'ont pas appelé à manifester. Pierre Pouëssel est brièvement revenu hier matin sur cette campagne engagée par Damien Meslot et Cédric Perrin. « Il est nauséabond de la part de politiciens d'exploiter le sentiment d'insécurité », a-t-il indiqué. Et d'ajouter, au sujet de l'action entreprise par les deux élus : « Comme disait le Général de Gaulle, cela ne pèse pas plus lourd qu'un crachat sur la mer. » Le mardi 19 juin déjà (lire notre édition du mercredi 20), le représentant de l'État dans le Territoire avait estimé que « cette attitude est totalement irresponsable de la part d'élus quels qu'ils soient. Face à une situation difficile, on attend des élus qu'ils s'effacent pour prôner la paix civile plutôt que de mettre de l'huile sur le feu. Nous sommes dans un État de droit, et on ne règle pas les problèmes par des coups de feu. » Le même jour, Mohamed, le frère de l'adolescent blessé au cours des incidents de la nuit de samedi 16 juin s'était lui aussi exprimé dans le même sens : « Je conseille à ces deux élus de ne pas politiser cette affaire. Cette démarche n'est pas de nature à faire avancer le dossier dans une totale sérénité et objectivité dont la justice à besoin. La lumière sera certainement faite dans les jours ou semaines qui viennent, mais en attendant, chacun doit garder son sang froid et ne pas mélanger les rôles. »
Les commerçants du Territoire ont apporté leur soutien au tenancier incarcéré en fermant leurs magasins.
Alexandre Marini
Cedric Perrin et Damien Meslot ont déjà récolté 3600 signatures.











