Retour à la Une du jour
Recherche aujourd'hui :

Edition du mardi 26 juin 2001

La ligue 1 en direct
Journal du jour
A la une
Monde et France
Magazine
Alsace
Région
Sports
Strasbourg
Sélestat
Ste-Marie-Mines
Colmar
Thann
Guebwiller
Mulhouse
Altkirch
Saint-Louis
Franche-Comté
Région
Sports
Belfort
Doubs
Haute-Saône
Météo
Semaine
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
Dimanche
Cette partie est payante

Le blog de la rédaction

Objectif photos

Le guide TV

Supplément Habitat

Billetterie

Journal des Enfants

 

A la une / Magazine / Page 1 / Article
Augmentez la taille du texteDiminuez la taille du texte
« Il faut en finir »

Le 24 février 1848, le peuple des faubourgs parisiens avait balayé le « roi des Français » Louis-Philippe, et imposé la République. Le 23 juin, il réclame « du pain ou du plomb ». Ce sera du plomb.

LA II e RÉPUBLIQUE était née d'une équivoque. Le peuple des villes et plus particulièrement celui des faubourgs parisiens était accablé par la misère et la faim. L'opposition bourgeoise au demeurant fort hétéroclite voulait tout simplement une réforme électorale. C'est pour atteindre ce but bien parlementaire que s'étaient retrouvés les tenants d'une opposition dite dynastique qui criaient bien fort : « Pourquoi voudrions-nous le trouble, le désordre ? » et des gens un tantinet plus radicaux qui se fixaient pour but « la révolution politique comme moyen, la révolution sociale comme but. » Au milieu de tout cela, des républicains bourgeois (ou des bourgeois républicains) dont le dirigeant emblématique n'était autre qu'un poète du nom de Lamartine. Lequel affirmait avec éloquence : « La France, après les révolutions de liberté et les contre-révolutions de gloire, aura la révolution du mépris. » La IIe République était venue presque par hasard : un banquet de « clôture » que le gouvernement dirigé par Guizot interdit le 22 février ; une manifestation d'étudiants qui s'étend à la Garde nationale pourtant considérée comme le plus sûr pilier du régime le lendemain ; le soir du 23 vers 22 h 30 une fusillade sur le boulevard des Capucines qui fait cinquante-deux morts.

La révolution politique comme moyen, la révolution sociale comme but

Alors malgré les ordres de Bugeaud qui commande l'armée, malgré le renvoi de Guizot par Louis-Philippe, malgré les maoeuvres de Thiers pour un « compromis parlementaire », l'insurrection populaire balaie la monarchie et impose la république aux opposants dynastiques et aux républicains bourgeois. Les faubourgs parisiens, en revanche, n'ont pas les moyens d'imposer leur gouvernement. Celui-ci, constitué de manière spontanée dès le 24 février, sera une sorte de cocktail assez curieux de républicains bourgeois ((Lamartine, Marie, Garnier-Pagès, Arago), d'un radical (Ledru-Rollin), d'un socialiste (Louis Blanc) et d'un ouvrier (Albert). Ce gouvernement sera naturellement « provisoire » et il comprend dans ses rangs un illustre octogénaire rescapé de la « Grande Révolution » Dupont de l'Eure. Va-t-il proclamer la République ? Pas exactement ; il se borne, à déclarer : « Le gouvernement provisoire veut la République, sauf ratification par le peuple qui sera immédiatement consulté. » L'historienne Sylvie Aprile : « Tout dépendra donc de la consultation populaire et la consultation logique de cette proclamation est l'instauration du suffrage « universel. » Il faut pour enraciner la République procéder au plus vite à l'élection et limiter le plus possible le provisoire. » En attendant, le pouvoir reste aux mains de la bourgeoisie. Lamartine, le grand homme du gouvernement provisoire autoproclamé, « infatigable prestidigitateur », (selon Jean Poperen) refuse le drapeau rouge qui n'a fait que le tour du Champ-de-Mars (sic) au bénéfice du drapeau tricolore qui a fait, lui, le tour du monde. La République ne sera donc pas « socialiste ». Sera-t-elle pour autant « démocratique et sociale?» Un décret prévoit la création des Ateliers nationaux où des ouvriers ­ au chômage ­ expérimenteraient une organisation coopérative et « autogérée » de la production. Une commission (et non un ministère : la bourgeoisie n'en a pas voulu) installée au palais du Luxembourg est chargée d'assurer la coopération des ouvriers et des patrons pour la fixation des salaires et l'abolition du « marchandage ». Le peuple, dont la misère est grande, se met à espérer et quelques semaines durant règne à travers le pays un climat quasi surréaliste de fraternité. On plante des arbres de la liberté partout et la bourgeoisie se rassure. Organe des Orléanistes ­ malgré le départ de Louis-Philippe, ils sont toujours bien présent ­ Le journal des débats pavoise : « On ne pille pas, on ne massacre pas. » L'euphorie ne dure pas. La crise économique se développe et frappe plus particulièrement ces faubourgs qu'un journaliste de la Revue des deux mondes, Philarètes Chasles, qui vient de s'y risquer, décrit ainsi « Cette moitié de Paris que nous venons de parcourir est semée de cabanes infectes, de hangars misérables, de marécages fétides, de taudis haillonneux, d'ateliers insalubres (...). Nous avons vu des maisons de sept étages où l'on pénètre par des ruelles de deux pieds et demi de large. » Au terme de cette descente aux enfers, le pauvre en est tout remué... Fermeture de la Bourse, hausse des prix, multiplication des faillites, montée du chômage : le Trésor est vide, c'est la banqueroute et, bien entendu, les possédants s'inquiètent alors que « Les ouvriers ont mis trois mois de misère au service de la République. » Mais resteront-ils calmes encore bien longtemps ? Les grandes idées de réforme lancées par les Blanqui, Barbès, Proudhon, Leroux, Raspail ­ nationalisation des grandes industries, des chemins de fer, des banques et des assurances, impôt progressif sur les revenus, organisation du travail par associations ­ n'ont aucune chance d'aboutir dans l'immédiat. Alors Blanqui ­ sur le schéma de 1793 ­ tente et rate une « journée » de manifestation populaire le 16 avril. Le 20 avril, c'est la République bourgeoise qui défile. Le 23, c'est elle qui triomphe avec 500 sièges ; les républicains radicaux sont moins de 100 ; les royalistes se comptent 300 ; la plupart des chefs socialistes et ouvriers sont battus. L'Assemblée qui résulte de ce beau scrutin, met en place une commission exécutive qui remplace le gouvernement provisoire. Ladite commission est censée diriger le pays jusqu'à l'entrée en vigueur de la Constitution. On y retrouve Lamartine (élu dans dix départements et au sommet de sa gloire dans le pays mais pas à l'Assemblée), le savant Arago, Marie, Garnier-Pagès et Ledru-Rollin, fort mal élu ce qui en dit long sur les orientations fort modérées des députés.

Trois mois de misère au service de la République

Mais c'est lui qui rétablit « l'ordre » le 15 mai au cours d'une journée de manifestation populaire en faveur de la Pologne, manifestation vraisemblablement manipulée par les tenants d'une République très tempérée et qui permet de décapiter le mouvement ouvrier : Raspail, Blanqui, Barbès, Albert notamment sont arrêtés. Car les partisans de « l'ordre » ont décidé d'en finir avec les « socialistes » et les « anarchistes » qui leur ont permis de balayer Louis-Philippe et pour cela, il faut à tout prix régler la question des Ateliers nationaux. L'idée était de Louis Blanc : « socialiste » donc. Elle présentait au départ l'immense avantage au moins théorique de donner du travail à la multitude des chômeurs frappés par la crise économique ; cette multitude que d'aucuns pensaient utiliser à leurs fins pour telle ou telle aventure personnelle.. Ainsi au mois d'avril, le recrutement des Ateliers nationaux avait atteint le chiffre record de 71 000 inscrits sur Paris ; du 14 au 15 mai, 13 610 inscrits, etc. Curieusement (?), le nombre d'inscrits avait baissé après les élections. Le chômage avait-il baissé ? Au contraire, il augmentait mais les Ateliers nationaux ­ plus de 100 000 hommes ­ étaient devenus gênants. L'expérience à caractère « socialiste » avait tourné à l'expédient provisoire. Des ouvriers généralement très qualifiés étaient payés au rabais soit pour des travaux de terrassement, soit à... ne rien faire. L'historien Henri Guillemin est de ceux qui pensent qu'il y avait là une volonté délibérée de la part des Républicains modérés peu portés sur ce type d'expérience et surtout fort hostiles au mouvement ouvrier. Il écrit : « Les ouvriers se résignaient mal, cependant, à cette oisiveté qu'on leur imposait. Marie (le ministre des Travaux publics) avait tenu pour acquise d'avance la satisfaction que ne manquerait point d'éprouver cette racaille manufacturière à vivre dans la paresse que lui ménageaient ses calculs. Il se trompait. Une gêne, un sentiment d'humiliation, une irritation croissante se manifestaient dans cette masse où des ébénistes, des doreurs, des ouvriers en bijouterie se voyaient employés, et le moins possible, à des travaux de terrassement. » Bref, les Ateliers nationaux étaient devenus dès la fin du mois de mai des foyers de fermentation révolutionnaire. D'où l'hostilité grandissante de la majorité de l'Assemblée qui bascule de plus en plus dans le camp de « l'ordre » ; un camp animé par des ultras catholiques tels que Falloux et Montalembert qui vont mener la charge. Puisqu'il « faut en finir » avec les Ateliers nationaux, un mécanisme implacable de liquidation est mis en place. Il vise à pousser les ouvriers à la révolte afin d'écraser impitoyablement ces « prétendus travailleurs dont le grand tort était de ne pas travailler du tout » (De la Gorce dixit). Le 7 juin, le gouvernement fait voter une loi draconienne interdisant tous attroupements armés. Dans le même temps, un comité de travail est créé ; il est censé proposer une réorganisation des Ateliers nationaux. Son rapporteur est l'excellent M. de Falloux qui va faire montre d'une belle activité.

Du pain ou du plomb, du plomb ou du travail

Le gouvernement envisage de nationaliser les chemins de fer afin de donner un vrai travail aux Ateliers nationaux. L'Assemblée s'oppose au rachat et le 15 juin, le banquier Goudchaux exige la dissolution des Ateliers. Motif officiel : trop chers. C'est faux : du 5 mars au 31 mai, ils ont coûté un peu plus de 7 millions au pays ; dans le même laps de temps, le renforcement de l'armée ­ destinée il est vrai à la future répression ­ plus de 120 millions. Ce qui n'empêche pas M. de Falloux de mentir avec aplomb à la tribune de l'Assemblée en dénonçant en les Ateliers nationaux « une grève permanente et organisée à 170 000 francs par jour, soit 45 millions par an. » C'est encore lui qui fait adopter le dispositif suivant : les ouvriers travaillant depuis moins de trois mois dans la Seine, seront renvoyés en province avec leurs familles à moins d'accepter de s'enrôler dans l'armée sous certaines conditions d'âge. Le 23, Falloux remonte à la tribune de l'Assemblée pour présenter ses projets de décrets dont le premier est ainsi libellé : « Les Ateliers nationaux seront dissous dans les trois jours. » Le 23 juin, une manifestation monstre réunit 50 000 travailleurs à la Bastille. Un seul cri s'élève : « Du pain ou du plomb, du plomb ou du travail. » La majorité des bien-pensants de l'Assemblée a sa réponse toute prête : ce sera du plomb. Ministre de la Guerre, le général Cavaignac se voit confier les pleins pouvoirs pour mater cette « révolte inorganisée de la faim, de la détresse qui prend aux tripes » ; cette révolte sans chef qui « n'a pas d'autre but que de se battre contre l'injustice et ceux qui la représentent. » Poperen raconte : « Les ouvriers, leurs familles, hommes, femmes et enfants, se barricadent dans toute la moitié est de Paris, depuis le faubourg Poissonnière et la rue Saint-Jacques. Ils ne cherchent guère la sortie offensive, il ne leur reste qu'à vendre chèrement leur misère. « La liberté ou la mort ». Pour un très grand nombre, c'est la mort. » Les dernières barricades du côté du faubourg Saint-Antoine tombent le 26 juin au soir. Les beaux quartiers exultent. Le ministère de l'Intérieur avouera 3035 victimes du côté des révoltés : chiffre manifestement en dessous de la réalité. Il y aura 15 000 arrestations à Paris, 1500 insurgés seront fusillés, 4000 déportés en Algérie et en Guyane. Moins de quatre ans plus tard, les Républicains qui ont pris la responsabilité de faire faire ce sale travail, seront à leur tour balayés par le Prince-président Louis-Napoléon Bonaparte. Et le peuple des faubourgs parisiens ne se lèvera pas pour sauver la IIe République.

Texte : Edouard Boeglin Illustration : Christian Heinrich

Imprimer
Réagir
Envoyer
Photo(s) de l'article
Agrandir l'image
Article(s) de la page



BIBLIOGRAPHIE La Première résurrection de la République, Henri Guillemin, Gallimard, 1967. Des Trois Glorieuses au printemps des peuples 1830-1848, Jean Poperen, Editions Martinsart, 1972. La IIe République ...



CHRONOLOGIE 24 février 1848 : abdication de Louis-Philippe. Gouvernement provisoire. 26 février : droit au travail. Lancement des Ateliers nationaux. 23 avril : élections législatives. 10 mai : élection de la Commission exécutive. 17 mai : Cavaignac, ministre de la Guerre. 30 mai : premier réquisitoire de Falloux contre les Ateliers nationaux. 10 décembre : Louis-Napoléon Bonaparte élu président de la République.





Services

Le futur site

- Kiosque à journaux
- Archives
- Classements tennis
- natation 2007
- Location vacances
- Météo
- Qualité de l'air
- Charte faits divers
- Communiqués
- Journal des enfants
- Contacts
- Plan du site
- Groupe de presse
- Antivirus
- Billetterie
- Internet gratuit
- Fonds d'écran
- Newsletter
- Bourse en direct
- Dans les salles
- Mots croisés
Petites annonces
- Passer une annonce
- Carnet du jour
- Annonces légales
- Offres d'emploi
- Marchés publics
- Formation
Dossiers spéciaux
- Présidentielle 2007
- Melbourne 2007
- Fessenheim, 30 ans
- Journaliste d'un jour
- Au fil du Rhin
- Neige en mars
- Référendum 2005
- 60 ans d'histoire
- Bien se conduire
- Elections 2004
- Envie d'agir
- Laïcité en débat
- Guide mode
- Entreprise 68
- Le prix de l'eau
- Impôts locaux
- Impôts sur revenu
- Votre Habitat
- Mariage
A suivre
- Blog de la rédaction
- Blog Eurockéennes
- Objectif photos
- Page des enfants
- Culture Quiz
- Tiercé
- Tous nos dossiers
Thématiques
- Jeux vidéo
- Cinéma
- Le site
- Moto
- Auto
- Multimédia
- Lire
- Musique
- Histoire