« La Journée mondiale sans tabac », qui a lieu aujourd'hui, est particulièrement dédiée à ceux qui ne fument pas mais avalent tant de cochonneries qu'ils risquent d'en mourir.
DE PLUS EN PLUS de Gaulois en ont ras les poumons des « gauloises » et autres cigarettes qu'allument leurs concitoyens adeptes de l'herbe à Nicot. L'enquête réalisée par l'Assurance Maladie et le CFES, à l'occasion de la « Journée mondiale sans tabac » insiste tout particulièrement cette année sur les méfaits du tabagisme passif. 2500 décès seraient dus à ce fléau alors que 60 000 personnes seraient dépêchées dans l'autre monde pour avoir trop tiré sur leur clope chaque année. Trois Français sur quatre avouent être gênés par la fumée de ceux qui n'ont pas encore dit « stop » au tabac. Dès lors, il n'y a rien de surprenant à entendre ces abstinents demander que l'on renforce la réglementation destinée à protéger les non-fumeurs. 80 % d'entre eux et même 61 % des fumeurs sont en faveur d'un renforcement des dispositions prises par la loi Evin, qui célèbre cette année ses dix ans.
Bronchites, asthme et mort subite du nourrisson
L'enquête témoigne d'une inquiétante réalité. Selon les résultats enregistrés, les non-fumeurs ingurgitent encore plus de produits cancérogènes ou toxiques que les fumeurs ! Tout cela parce qu'ils sont victimes des « fumées latérales » qui contiennent « du monoxyde de carbone, des oxydes d'azote, des goudrons, du benzène, du cadmium, etc. » Au total, la fumée bleue, que d'aucuns ont célébré en leur temps, contient plus de 4000 substances chimiques et 60 plus de cancérogènes. Et, comme le précisent les spécialistes, le danger « provient du cumul des durées d'exposition ». Les chiffres coupent autant le souffle qu'une bonne cure de tabac. « 12 heures d'exposition par jour sur 35 ans correspondent à 100 millions d'inspirations ». Les enfants ne sont pas épargnés par le tabagisme passif. Dès avant leur naissance, ils peuvent en subir les effets quand la future maman fume. Le bébé risque ainsi un retard de croissance et un poids inférieur à la norme à la naissance. Le risque de mort subite du nourrisson est multiplié par deux chez les enfants confrontés à la tabagie. La collection de maux liés à la cigarette est impressionnante. Le risque de bronchite s'accroît de 72 % chez les bébés dont la mère fume et l'asthme grimpe de la moitié dans la même ambiance. Les risques d'otites sont eux aussi augmentés dans des proportions alarmantes. Le dictionnaire médical grossit de bien plus de pages chez les adultes confrontés au tabagisme passif, qu'il s'agisse d'asthme, de cancers ou de problèmes cardiaques. Toutes ces données ne sont pas franchement nouvelles et voici bien longtemps que les médecins et les associations tirent la sonnette d'alarme. Mais les comportements évoluent lentement et ce en dépit des procès spectaculaires et autres démarches destinés à enrayer le nuage de fumée qui recouvre la planète. A en croire les résultats de cette enquête, les méfaits du tabac se rencontrent partout. Ainsi, un tiers des Français avouent être gênés jusque chez eux par le vice d'un ou plusieurs parents. Mais c'est à l'extérieur que ces inconvénients se font le plus sentir. Les restaurants et les bars figurent en tête des lieux publics où la gêne est la plus ressentie. 60 % des Français avouent qu'ils sont incommodés par le tabagisme quand ils sont dans un établissement où, pourtant, ils viennent pour se détendre. Qui n'a pas eu l'impression d'être soi-même fumeur en sortant d'une salle où quelques convives avaient l'indélicate habitude de fumer ?
La fumée dans les yeux, le mammouth me regarde
Le chiffre tombe à 40 % en ce qui concerne le lieu de travail et ce en dépit des directives et autres mises en place de salles réservées aux accros du tabac. Nettement plus grave : un jeune sur deux pourrait chanter, comme le faisait Antoine dans les années 60, « la fumée dans les yeux un mammouth me regarde ». En effet, le tabagisme en milieu scolaire, souvent lieu d'initiation, est un phénomène inquiétant. Une interdiction, au moins à titre expérimental, de la vente de tabac aux moins de 16 ans a d'ailleurs été évoquée par le ministre délégué à la Santé, avant que Bernard Kouchner ne fasse machine arrière hier matin en indiquant qu'il n'était « pas question » de régler le problème du tabagisme chez les jeunes « par une interdiction ». Il a promis qu'il n'y aurait « pas de loi » à ce sujet, mais a souhaité que « le débat ait lieu » sur la question de savoir comment on fait « pour que les 60 000 morts par an en France se réduisent ». Dernier résultat, tout aussi édifiant, de cette enquête : la difficulté de dire à un gêneur qui ne respecte pas l'interdiction de fumer dans certains lieux qu'il doit éteindre sa cigarette. Seuls 33 % des personnes interrogées osent lui demander de s'abstenir ou de changer de pièce. 30 % préfèrent ne rien dire et 20 % préfèrent tout simplement céder la place. D'où les quelques conseils donnés aux timides. Mieux vaut éviter de dire : « Vous êtes gênant avec votre cigarette » mais préférer : « La fumée me gêne, pourriez-vous éteindre votre cigarette ? ». Cela s'appelle du savoir-vivre.
SOURCE Enquête Ipsos, réalisée les 27 et 28 avril 2001, auprès d'un échantillon de 1015 personnes âgées de 15 ans et plus.
Seul un tiers des Français ose demander aux fumeurs qu'ils côtoient de s'abstenir.
AFP











