Les résultats très serrés du scrutin de dimanche vont contraindre le président Djukanovic à manoeuvrer pour faire aboutir son projet de référendum sur l'indépendance.
SELON les résultats quasi définitifs publiés hier par la commission électorale, la coalition de Milo Djukanovic ne bénéficie, avec 42,05 % des suffrages, que d'une très courte avance — moins de 5000 voix — sur la coalition pro-yougoslave adverse (40,67 %). Elle obtiendrait 35 sièges, les pro-yougoslaves 33, selon la mission d'observation du Centre pour les élections libres et la démocratie. Défenseurs de l'indépendance eux aussi, les libéraux se verraient attribuer six sièges (7,65 % des voix), les partis albanais deux ou trois.
La Yougoslavie va survivre
A Belgrade, les responsables politiques, attachés au maintien de la fédération, ont très vite estimé que l'idée même d'un référendum sur l'indépendance était remise en cause par ces résultats, tandis que les pro-yougoslaves étaient les premiers à descendre dans les rues de Podgorica pour fêter un scrutin plus serré que prévu. Ces élections, cruciales pour la petite république, comme le souligne un taux de participation record (80,84 %), « ont montré les profondes divisions de la population du Monténégro », a déclaré le président du parlement yougoslave, Dragoljub Micunovic. Selon lui, « elles ont montré que la Yougoslavie va survivre ». Dans la nuit de dimanche à lundi, Milo Djukanovic, proclamant sa victoire, a de nouveau promis la tenue d'un référendum sur la séparation de l'actuelle fédération yougoslave qui réunit depuis 1992 le Monténégro et la Serbie. « Le plus important est de dire que l'option politique d'un Monténégro souverain l'a emporté », a-t-il déclaré, ajoutant cependant que lui et ses partisans sont « conscients d'avoir encore beaucoup d'efforts à déployer pour rassembler les forces politiques en vue de parvenir à un Monténégro indépendant et européen ». Le président monténégrin sera en effet contraint, pour organiser son référendum, de faire alliance avec les autres mouvements indépendantistes, et pourrait notamment radicaliser son discours sous la pression de l'Alliance libérale, partisans de la rupture de tout lien avec Belgrade. « Les discussions pour la formation du gouvernement vont commencer rapidement. Nos conditions seront la convocation urgente d'un référendum, avec une question très claire », a déclaré hier Vesna Perovic, porte-parole libérale. Milo Djukanovic a jusqu'ici affirmé qu'il souhaitait négocier avec la Serbie un divorce à l'amiable, et la formation d'une union de deux États indépendants. Mais pour Predrag Bulatovic, président du Parti socialiste populaire (SNP), principale composante de la coalition pro-yougoslave au Monténégro, une « nouvelle phase » s'ouvre à l'issue de ces élections. Aucune formation politique « n'aura le pouvoir absolu », a-t-il relevé. « Un dialogue devra se poursuivre au Monténégro même, ainsi qu'avec la Serbie avec la médiation de la communauté internationale », a ajouté Predrag Bulatovic, affirmant que le SNP « souhaite être un facteur de stabilité et de dialogue au Monténégro ». Car Milo Djukanovic doit aussi compter avec une communauté internationale réticente à l'idée d'une indépendance du Monténégro, craignant que toute modification des frontières soit préjudiciable à la stabilité dans les Balkans.











